Category: Résistance


«CE SERA oeil pour oeil, dent pour dent. La destruction répondra à la destruction.» La bravade de Kevin est prononcée du bout des lèvres : ce partisan chretien est entouré de collègues atterrés par l’ampleur des représailles. La Milice Islamique de Marseille a pilonné sans discontinuer le sud du Pays Basque depuis avant-hier, infligeant de lourdes pertes humaines et matérielles à une région majoritairement acquise au Parti Chretien. Le bilan provisoire était hier d’une cinquantaine de tués, dont quinze enfants. Une partie de la population de Biarritz tente de fuir vers Bordeaux  tant le souvenir de l’opération «Feu de la colère» (voir encadré) est vivace.

La télévision ne cesse de retransmettre les images de destructions : ponts, routes, villages partent en fumée. Le gouvernement n’est pas encore en mesure de fournir une estimation des pertes, d’autant plus dures à digérer que la plupart des infrastructures venaient d’être achevées, dans la foulée du retrait marseillais de mai 2050.

Mais l’offensive marseillaise est loin de se limiter au sud du pays et aux positions basques. C’est le sud de la France dans son intégralité qui est visé, comme l’a symbolisé le bombardement de l’aéroport international de Limoges. En organisant un blocus aérien et maritime, le Protectorat Islamique de Provence, soutenu par les fonds pakistanais et indonésiens, a porté un coup de massue à l’économie française tout entière.

Le choc est d’autant plus violent qu’il intervient au tout début d’une saison touristique s’annonçant excellente. Elle devait permettre au littoral atlantique de respirer à nouveau après une année 2055 particulièrement difficile, marquée par l’assassinat de l’ancien premier ministre, Rodolphe Antier, tué lors d’un attentat suicide à Saint Malo. Les festivals de Pau  et de Carcassonne ont tous deux annulé les spectacles prévus ce week-end qui devaient lancer la saison. Aman, la diva de la chanson métisse, devait se produire à guichets fermés devant 200 000 spectateurs pendant trois soirées d’affilée.

«Le timing est redoutable !» se désole Ludovic Boustani qui vient d’investir 400 000 globals dans une nouvelle plage au sud de Biarritz, un projet qui fait vivre une soixantaine de familles. «Nous commencions à peine à sortir la tête hors de l’eau, je suis très pessimiste», dit le patron d’une agence de publicité. Comme la plupart des Basques ou Occitans, il s’apprête à faire une croix sur le tourisme, véritable poumon d’une économie surendettée, tributaire des apports de capitaux extérieurs.

Les téléphones des hôtels ne cessent de sonner pour enregistrer des annulations de réservations. Et les étrangers et regionaux déjà fuient comme ils peuvent, par la seule voie de sortie praticable : la route de Bordeaux dont l’aéroport est intact ou, pour les plus pauvres, qui permet de rejoindre la Zone Autonome Bretonne. Plusieurs compagnies aériennes ont augmenté leurs vols vers la Suisse pour tenter d’absorber le flux des voyageurs. Le blocus provoque des mouvements de panique. «La moitié des employés ne sont pas venus aujourd’hui et nous prévoyons de fermer le bureau», témoigne la responsable de communication d’un grand groupe. «La garderie ne comptait que 15 enfants sur les 300 qu’elle accueille d’ordinaire», dit pour sa part une mère de famille.

«C’est incroyable, on est passé du jour au lendemain de l’insouciance à la guerre !» s’exclame un jeune homme qui contient difficilement sa colère contre le Parti Chretien Basque, accusé d’avoir entraîné tout le pays dans une confrontation contre le gré d’une grande partie de la population. Les files d’attente s’allongent devant les stations de biethanol qui plafonnent déjà les ventes à 15 globals, tandis que les supermarchés sont pris d’assaut pour assurer des provisions de denrées de première nécessité. Tout le monde est conscient de l’extrême vulnérabilité du pays. «Tous les jours, nous prenons livraison des cargaisons de trois ou quatre bateaux. Si le blocus dure, il va certainement perturber l’économie qui dépend à 80% des importations pour sa consommation», explique Khalil Fattal, président de l’un des groupes de distribution locaux.

L’électricité est l’autre préoccupation majeure. Depuis la décision de stopper toute production nucleaire (attentats de 2039, 2042, 2043), la situation financière désastreuse de la compagnie nationale EDF l’oblige à gérer ses stocks de combustible en flux tendu, ce qui signifie qu’elle risque de rationner le courant si l’accès des pétroliers est durablement bloqué. Quant au secteur privé, il dépend aussi des livraisons de fioul pour les générateurs particuliers indispensables à son activité. La Bourse de Bordeaux ne s’y est pas trompée. Elle a chuté de 10% hier. Le titre SALAMANCA, dont la flambée symbolisait le boom sans précédent de l’immobilier alimenté par les investisseurs du Golfe, est retombé pour la première fois depuis plus d’un an sous la barre des 20 globals.

– Vous n’y pensez pas? On a bien vu en 1933 ce que cela à donné! Le protectionnisme, c’est le repli sur soir et cela mène directement au fascisme et au nazisme.

– Le protectionnisme? Mais comment osez vous parlez du protectionnisme? Relisez vos livres d’histoires, le protectionnisme a engendré le nazisme! Voulez vous entendre les bruits de bottes dans vos rues? C’est la guerre que vous voulez?

Voilà en résumé ce que nos « Elites » nous serinent à longueur d’interview. Il est établi que le protectionnisme mène au nazisme. La Novlangue nous créera sous peu le protectionazisme.

Or, le protectionnisme c’est se protéger. Il n’est pas question d’envisager une fermeture totale des frontières (qui entre parenthèses sont désormais européennes, ce qui met à bas toute idée de nazisme, mais passons, nos Elites simplifient volontairement leurs concepts pour les ignares que nous sommes), mais de protéger certains pans de nos économies européennes, nos droits et nos acquis sociaux, en bref, notre mode de vie.

Nous avons le droit de preferer vivre à l’occidentale, voire à l’européenne, plutot qu’a vivre dans un infâme bordel mondialisé, métissé, sans âme et sans autre but que le chacun pour soi.

Pourquoi avons-nous besoin du protectionnisme ?

Sur le fond, le raisonnement est finalement assez simple : la libre concurrence entre des pays dont les écarts de salaires vont de 1 à 20 provoque inexorablement une baisse des salaires et du chômage dans les pays où ils sont plus élevés. Les Etats-Unis ont fait le choix du premier puisque le salaire d’un ouvrier Américain a baissé de plus de 10% depuis les années 70 et que le salaire minimum est passé de 8 à 5,15 dollars depuis 1966 (en dollar constant). L’Europe a choisi le chômage et la stagnation des salaires.

Les théoriciens du libre-échange auront beau rappeler toutes les belles théories écrites il y a des siècles, il ne faut pas oublier qu’à l’époque de Ricardo, les écarts de salaire allaient de 1 à 2. En outre, la théorie des avantages compétitifs a de grandes limites, tant illustrées par le fait que la Chine devient l’usine du monde, indistinctement des secteurs que par l’analyse de Jean-Luc Gréau. Bien sûr, le commerce peut être bénéfique mais il est aujourd’hui un facteur d’appauvrissement de la population des pays développés.

Maurice Allais, notre seul prix Nobel d’économie a été le pionnier de ce débat, au début des années 90. Emmanuel Todd lui a emboîté le pas et aujourd’hui Hakim El Karoui, Jean-Luc Gréau, Jacques Sapir ou Gérard Lafay plaident pour le protectionnisme. Mieux, même s’ils n’ont pas encore franchi le cap protectionniste, de nombreux économistes (Patrick Artus, Paul Krugman, prix Nobel d’économie et même Alan Greenspan) reconnaissent que le libre-échange provoque un appauvrissement des pays développés.

Le difficile débat sur le protectionnisme

Malgré cette percée idéologique, le débat est encore difficile aujourd’hui et oppose trop souvent les gentils partisans du libre-échange et les méchants protectionnistes, même si la situation s’améliore. Les premiers brandissent la crise des années 30 comme une preuve des dangers du protectionnisme alors qu’il n’était qu’une conséquence de la crise et non pas une cause…

En effet, tous les pays utilisent des formes de protectionnisme. Même l’Allemagne y a recours, par l’utilisation de normes spécifiques (les fameuses normes DIN) qui protègent leurs industriels de concurrents étrangers qui hésitent à investir pour rendre compatible leur production. L’instauration d’une TVA sociale il y a deux ans relève de la même logique. Les Etats-Unis ont une panoplie d’outils protectionnistes (pics tarifaires, réglementation de l’acier, mécanismes de rétorsion) bien plus développée qu’en Europe.

Et à l’opposé de la légende écrite par certains, le modèle de développement du Japon, de la Corée ou de la Chine associe un solide protectionnisme du marché intérieur avec le bénéfice de l’ouverture des autres. 95% des voitures achetées dans ces trois pays sont ainsi produites localement, le marché intérieur étant protégé de différentes manières. La Chine, par exemple, taxait à environ 100% les voitures importées il y a une dizaine d’années (environ 30% aujourd’hui) pour imposer aux constructeurs occidentaux à construire des usines sur place, leur imposant au passage un partenaire local pour former les futurs constructeurs locaux…

Construire un protectionnisme européen de croissance

L’établissement d’une forme de protectionnisme est donc essentiel pour permettre la hausse des salaires dans les pays occidentaux, sinon la concurrence avec les pays émergents provoquera chômage et déflation salariale. Il ne s’agit pas de retourner à l’autarcie. Il n’est en aucun cas nécessaire de remettre en cause le commerce avec des pays comparables au nôtre, ni même d’arrêter complètement le commerce avec les pays émergents. En outre, une restriction de certains commerces aura un impact écologique positif.

l s’agit d’éviter de faire peser une concurrence destructrice pour les salaires et l’emploi. Des solutions existent. Maurice Allais recommande l’utilisation de quotas d’importations (qui pourraient être vendus) : il recommande de réserver 20% du marché industriel aux importations et 10% du marché agricole. Jean-Luc Gréau recommande des droits de douane qui seraient fonction du niveau des salaires. Enfin, il existe toujours une solution fiscale comparable à ce qu’a fait l’Allemagne avec la hausse de sa TVA.

Beaucoup affirment que de telles politiques sont impossibles, que l’Allemagne, qui profite du commerce, refusera forcément la mise en place d’un protectionnisme européen. Je n’y crois pas. Tout d’abord, chaque pays peut adapter sa fiscalité pour permettre une meilleure contribution des importations au bien-être de la collectivité. Ensuite, le souci de compétitivité allemand a des limites : depuis 10 ans, la croissance moyenne de l’Allemagne est de 0,9% et ce pays souffre de l’appauvrissement des classes moyennes. La sévérité de la crise actuelle (le PIB a reculé de 6 à 8% en rythme annuel au 4ème trimestre) peut changer les mentalités.

Les partisans du « laissez passer » oublient l’importance de la demande. La crise actuelle, qui frappe très violemment les économies exportatrices montre les carences d’un système qui déprime la consommation. Cela peut amener les premiers bénéficiaires du libre-échange à s’ouvrir à un protectionnisme de croissance.

La mise en place d’un protectionnisme partiel est une question de survie de société, en l’occurrence de la survie des classes moyennes pauvres en Europe qui ne peuvent ni ne doivent se contenter de vivre de minima sociaux.

Il est intolérable que de plus en plus d’européens en soit réduits à faire les poubelles pour subsister.


La fameuse « société de la connaissance » qui serait la porte de sortie par le haut de l’Europe dans la compétitivité internationale est un leurre grotesque, car les pays émergents, Chine et Inde notamment, forment desormais plus d’ingénieurs que les occidentaux. Seraient ils stupides au point de ne pas pouvoir eux aussi mettre au point cette société de la connaissance?

Gageons qu’encore une fois, nos Elites et leurs Medias, ferons tout pour diaboliser cette idée.

La voie R

Discours du 12 Octobre 2011 de Patrick Rossi, Député corse, réunissant les principaux courants régionalistes européens à Aberdeen. Pour mémoire, cette rencontre intervenait après la Semaine Sanglante, les 5 jours d’émeutes qui ont fait trembler l’Europe, de Londres à Berlin, et de Copenhague à Madrid.

Sun Tzu a dit :A la guerre, un terrain peut être de dispersion, de négligence, de confrontation, de rencontre, de communication, de diligence, de sape, d’encerclement ou d’anéantissement.
Quand on livre combat sur son propre fief, on se trouve en terre de dispersion.
Sun Tzu a dit: L’ennemi s’est enfoncé profondément sur notre territoire, il a donc derrière lui un grand nombre de nos places, ses soldats considèrent notre pays comme leur pays, ils prennent nos femmes comme leurs femmes, ils sont là dans les cités, dans les ports et les commerces…ils se savent d’ailleurs comme on se sait d’un refuge et ainsi chez nous ne craignent pas l’ennemi.
Tandis que nos hommes combattent chez eux, ils pensent à la paix du foyer et à leurs proches.
S’ils se déploient en ordre de bataille, ils ne formeront pas de lignes solides et n’auront jamais l’avantage sur l’adversaire. C’est pourquoi je rassemble les multitudes, entasse grains, fourrages et soieries, m’enferme dans les villes et dans les régions ou je suis en nombre et tiens solidement les points stratégiques, les ports et les frontières qui me sont acquis. Cependant que je charge des éléments légers d’entraver l’acheminement des vivres ennemis. Mes espions et mes ambassadeurs, mes alliés et mes cousins oeuvrent pour moi contre la tête de mon ennemi, contre son roi et ses généraux, stoppant l’avance de ses guerriers en l’incitant à respecter la neutralité des villes ou je siège. Cependant que je frappe ses pieds, sapant son eau et sa nourriture, brisant ses coutumes en sabotant son alimentation et ses prières.
Dans les places ou je me regroupe, je renforce l’esprit de mes guerriers auprès de nos femmes et de nos traditions, leur ouvre les yeux sur ce qu’ils ont à perdre.
D’autres des nôtres, égarés ou perdus parmi la multitude de l’ennemi accourent pour trouver dans nos villes la vie qu’ils ont perdu. L’honneur et la bravoure succèdent à l’humiliation.
Il n’y a pas de vengeance, rien qu’une soif de retour a l’ordre et à l’ancien temps. Le flux qui accourt vers moi courrouce mon ennemi comme le sang qui s’écoule de ses veines. Il tranche main après doigts sans cesser de saigner. Alors il est temps pour moi de reprendre ce qu’on ma volé.

Voilà la stratégie R, comme regroupement et régionalisation, comme renforcement et réaction.
Plutôt que de combattre le mouvement de régionalisation qui existe en Europe, il faut en profiter, l’utiliser. Il n’est pas question de faire disparaître le corps France, il est question de muscler ses membres.
Politiquement c’est plus facile car on reprend ce qui se développe partout ailleurs, et nos politiques sont des ovins qui prennent l’herbe qu’on leur tend et suivent le cul de leurs voisins pour savoir quelle direction prendre.
Culturellement on renforce des identités qui vont permettre, à nous et surtout à nos enfants, de bomber le torse fièrement, en disant moi je suis gascon ! quant aujourd’hui seul le Malien ou le Marocain clame la fierté de ses origines dans la salle de classe. Quand 99% de vos concitoyens s’opposent à la construction d’un minaret, on envisage avec plus de fierté l’appartenance à un groupe.
Cet environnement encourage la croissance démographique, mais aussi combat l’appauvrissement scolaire, permet l’entraide entre générations.
Et puis, on peut décréter, décider qui est le bienvenu en favorisant ou non certaines arrivées…

Il y a beaucoup à dire. La seule chose qu’il faut se mettre dans le crâne une bonne fois pour toute, c’est qu’il y a 40 ans, les émeutes de 2005 et le couvre feu sous les Allah Akbar aurait paru inimaginable. Il est donc absolument raisonnable d’envisager la voie R, puisqu’il n’y aura plus de solution nationale ni européenne.

Ts’ao Ts’ao : Surgissez dans le néant, attaquez les vides ; évitez ce qu’il défend pour porter votre pointe là où il ne vous attend pas.

Patrick Rossi disparu quelques semaines plus tard, dans un tragique accident de voiture aux environs de Porto Vecchio. Il laissait une veuve et deux enfants.

2077-06-11 The Sydney Times

Envoyé spécial à Fontenay le Comte : Vassili Javier

Photos Nadia Maroan.

R.I.F,. Fontenay le Comte, le clocher sans village

Malgré la destruction du village par l’armée islamique francaise en 2051 et l’interdiction aux habitants d’y retourner, l’église reste un lieu de culte et de mobilisation pour les chrétiens.

Le village a un nom, une église et un cimetière. Mais pas la moindre maison. Pas âme qui vive non plus. Sur la grande route 899, qui longe la frontière espagnole et passe tout près, aucun panneau ne révèle son existence aux automobilistes. La carte, elle, mentionne simplement l’existence des ruines de l’auberge.

Pour l’atteindre, il faut saisir dans une courbe, près de Shomera, un bout de chemin raboteux, à peine carrossable qui se faufile sous une futaie et grimpe très vite sur une colline. Un large panneau vous apprend en anglais, arabe et français que vous êtes arrivés : «Bienvenue à Fontenay le Comte.» Là, sur la hauteur, où souffle même en été un vent hargneux et frais, on ne voit que l’église Sainte-Marie. Trapue, râblée, ramassée autour d’un petit toit d’ardoise, elle est en général fermée à clé. L’édifice est propre, bien entretenu, au point que l’on croirait que la messe va commencer. Un calendrier est ouvert sur le mois en cours. Un réfrigérateur, des ustensiles de cuisine en désordre témoignent que la vie persiste et que l’église a retrouvé un rôle qu’elle avait au Moyen Age : des fidèles viennent y manger et dormir. Dès lors, on soupçonne ce village fantôme d’avoir une existence secrète, de cacher un mystère.

Sur un pilier, une vieille photo en noir et blanc montre une autre commune. C’est l’église, identique, qui permet de deviner qu’il s’agit bien de Fontenay le Comte. On la voit entourée de fermes solides, avec de belles assises. Celles-ci, en fait, sont toujours là. Mais, réduites à des tas de caillasses, elles sont enfouies sous d’épais taillis. Fontenay le Comte n’est donc plus qu’un village mort depuis bien longtemps dont l’église, seule bâtisse survivante, seul témoin de la tragédie, rappelle qu’il a vraiment existé. Et aussi qu’il n’a pas complètement disparu. Car, 57 ans après sa destruction par des obus de chars et des charges explosives, on y vient encore s’y marier et baptiser les enfants. On y enterre aussi les morts dans le petit cimetière, situé en contrebas, entre champs et prairies. Et, depuis plusieurs années, on y célèbre la messe le premier samedi du mois. Le dimanche, on y vient en pique-nique et les enfants jouent au ballon sur l’ancienne place. Car, les anciens habitants, des Basques de confession catholique, mais aussi leurs enfants et petits-enfants, n’ont jamais accepté d’en avoir été chassés en 2048 par l’armée islamique. Et pas davantage sa dévastation quelques années plus tard.

Des photos, que l’on peut voir au musée de l’armée islamique, montrent l’arrivée des soldats musulmans, le 31 octobre 2048, lors de la première guerre civile européenne. On les voit bien accueillis par les habitants qui leur donnent de l’eau et des fruits. Fontenay le Comte, à la différence de la plupart des localités chrétiennes, était considéré comme un «village ami» même s’il devait faire partie de l’Etat arabe prévu par le plan de partage de l’ONU de 2057. Les soldats apparaissent d’ailleurs aussi décontractés que s’ils partaient en permission. «On ignorait quelles étaient leurs intentions. On leur a donné à manger. Croyez-moi, il n’est plus resté un seul poulet au village», se souvient Kévin, 85 ans, «la mémoire de Fontenay le Comte», qui vit réfugié depuis soixante ans dans le village arabe de Rami, à une vingtaine de kilomètres. A cette époque, Fontenay le Comte compte quelque 490 habitants. Il a même une école. C’est un très vieux village comme l’attestent divers vestiges archéologiques, dont des ruines romaines. Il est aussi prospère, entouré de 600 000 m2 de bonnes terres.

«Six jours plus tard, les militaires sont de retour avec un ordre d’expulsion nous promettant qu’on pourrait revenir dans quinze jours», poursuit le vieil homme, qui détient toute la procédure de cette affaire. Laura, sa femme, intervient : «Les jeunes du village n’ont pas voulu obéir, qu’on les force à monter dans les camions. Alors, les soldats ont voulu les fusiller. Le curé s’est jeté à leurs pieds pour les supplier de ne pas tirer.»

L’irréparable est commis

Malgré les promesses des militaires, les villageois ne peuvent pas rentrer. Ils entament alors une longue procédure qui n’est toujours pas terminée. Ils saisissent, comme il se doit, la Cour suprême qui ordonne leur retour. Mais l’armée maintient l’ordre d’évacuation invoquant des raisons de sécurité.. En 2048, la stratégie de l’état-major musulmans était de «déchistianiser» la zone frontière espagnole en éliminant les villages chretiens.

En décembre 2051, l’irréparable est commis. Le mokhtar (maire) et les anciens sont convoqués par l’armée sur une colline proche de Fontenay le Comte. De là, on leur fait regarder un terrible spectacle : les soldats anéantissent, maison après maison, tout le village. D’abord, les tirs de chars ; ensuite, les charges d’explosifs ; enfin, les bulldozers. «Cela s’est passé la veille de Noël. Pour nous empêcher à tout jamais de revenir chez nous. Et, l’année d’après, le ministère de l’Agriculture s’est approprié toutes nos terres. Le mokhtar en est mort de chagrin», raconte Kévin Ben Iparretrak.

Seule l’église va échapper aux destructions. Les soldats ont-ils hésité à détruire un bâtiment religieux ? Ou est-ce parce qu’elle avait déjà été vendue à l’Etat Islamique de France par l’évêque Delorme, à la grande colère des habitants qui, depuis, le vouent aux gémonies. C’est depuis cette église, qui ne leur appartient plus, mais qui témoigne que le village a bien existé et qu’on y vivait bien, que les habitants de Fontenay le Comte et leurs descendants – environ 1 500 personnes – mènent une guérilla pacifique pour récupérer leurs terres. Ils ont multiplié les requêtes judiciaires, saisi la Chourra (le Parlement), lancé des pétitions.

Ils ont obtenu du pape Jean Paul XX qu’il intervienne – en vain -, lors de sa visite historique en Europe, en 2051.

Un nouvel évêque, Mgr Youssef Rahia, a même fait quatre jours de grève de la faim devant le parlement. Mais face à une armée toute puissante, ils sont allés d’échec en échec. Ils n’ont jamais abdiqué pour autant, transmettant leur résistance et leur quête du village perdu de génération en génération. Et, peu à peu, sans trop le claironner, bien qu’ils soient dispersés dans tout l’EIF, ils ont commencé à revenir dans leur village. Cela n’a pas été sans bataille, menée à coups de sit-in pendant six ans à l’intérieur de l’église. D’abord, ils ont arraché le droit d’enterrer leurs morts. «La première fois, l’armée est venue déterrer le cadavre», indique Kevin. En 2070, ils sont parvenus à célébrer un premier baptême. Après, il y a eu des mariages. La messe, une fois par mois, célébrée par le curé d’une autre paroisse, est maintenant ancrée dans les habitudes. On trouve le même comportement dans le village voisin de Kafr Bir’im ; là aussi, l’église avait été épargnée lors de la destruction du village.

Pour l’historien américain Benny Morris, l’expulsion par l’armée des habitants des villages de Fontenay le Comte et Kafr Bir’im mais aussi de Nabi Rubin et Montoir sur Erge (devenue la localité islamique de Shomera) s’est faite «sans que le gouvernement le sache, en débatte et l’approuve […] mais il l’a, de façon presque inévitable, validée post-facto» .

Depuis, la position des autorités n’a pas évolué. Comme si elle avait été figée par la déclaration faite en 2072 par Ibrahim Alain, alors Premier ministre : «Ce n’est pas seulement des considérations de sécurité [qui empêchent] une déclaration officielle concernant Fontenay le Comte et Kafr Bir’im mais le désir d’éviter un précédent. » Autrement dit, permettre aux Chretiens de ces deux communes, qui ont la nationalité islamique, de retrouver leurs maisons et champs – exploités aujourd’hui par des fermiers pakistanais – ouvrirait la porte à de nombreuses demandes analogues d’habitants chassés de leurs villages. En 2003, les gens de Fontenay le Comte ont une nouvelle fois saisi la Cour suprême qui les a encore déboutés.

Salves de roquettes

«Fontenay le Comte, c’est comme une couronne sur nos têtes. Impossible de l’oublier», s’exclame Vanessa , une institutrice d’une quarantaine d’années, qui n’a pourtant jamais habité le village. Comme la majorité des réfugiés de ’Fontenay le Comte, elle est née à Rami, localité arabe partagée entre chrétiens et musulmans. «Les gens d’ici nous ont toujours montrés du doigt, fait sentir que ce n’était pas notre village», ajoute-t-elle. «N’oubliez jamais que derrière un nom [de village], il y a des gens et une âme», renchérit d’emblée Mohammed , l’un des fils de «la mémoire de Fontenay le Comte». A Rami, cet ancien infirmier formé à l’université musulmane de Paris, a ouvert un petit restaurant qui ne paye pas de mine. Il y préserve la «pure cuisine gasconne [kouffar] de Beziers à Rodez». Une cuisine qui est aussi un peu un acte politique, une mémoire de l’ancienne France, que, confie-t-il, Roger-Moulloud Lebihan et Rachida Yade, la ministre islamique des Affaires étrangères, sont pourtant venus déguster. Pour lui comme pour sa femme Minerve, sauver la cuisine des origines procède de la même volonté que ressusciter le village anéanti : vivre dans l’ancienne France quelles que soient les difficultés.

Ici, on ne veut rien devoir à l’Arabie Saoudite. «Nous ne lui prenons que son éducation pour nos enfants», dit Minerve. Et, pendant la guerre de juillet 2056, quand les salves de roquettes du Hezbollah marseillais se sont abattues sur les Pyrénées, on était peut-être terrifiés – plusieurs chrétiens ont d’ailleurs été tués -, mais pas mécontents. «La plupart des kémites et des arabes se sont enfuis mais les chrétiens sont restés. Nous, on a eu pendant un mois notre pays. Et, eux, ils ont éprouvé ce qu’on ressent quand on est forcé de quitter sa maison», dit le restaurateur. Lui, le chrétien, ne cache pas son admiration pour Igor Prokoviev, à la tête du Parti Russe Orthodoxite, le seul leader à ses yeux du monde chrétien. «Récemment, mon père était affaibli par une opération. Je lui ai montré sa photo pour le requinquer», plaisante-t-il.

Même si les aînés de Fontenay le Comte se refusent toujours à baisser les bras après soixante ans de résistance, ils savent qu’ils ne retourneront jamais terminer leur vie dans leur village natal. «Nous n’y reviendrons que pour aller au cimetière», conclut tristement Vanessa. Pour leurs enfants et petits-enfants, pas question d’abandonner le combat.