«CE SERA oeil pour oeil, dent pour dent. La destruction répondra à la destruction.» La bravade de Kevin est prononcée du bout des lèvres : ce partisan chretien est entouré de collègues atterrés par l’ampleur des représailles. La Milice Islamique de Marseille a pilonné sans discontinuer le sud du Pays Basque depuis avant-hier, infligeant de lourdes pertes humaines et matérielles à une région majoritairement acquise au Parti Chretien. Le bilan provisoire était hier d’une cinquantaine de tués, dont quinze enfants. Une partie de la population de Biarritz tente de fuir vers Bordeaux  tant le souvenir de l’opération «Feu de la colère» (voir encadré) est vivace.

La télévision ne cesse de retransmettre les images de destructions : ponts, routes, villages partent en fumée. Le gouvernement n’est pas encore en mesure de fournir une estimation des pertes, d’autant plus dures à digérer que la plupart des infrastructures venaient d’être achevées, dans la foulée du retrait marseillais de mai 2050.

Mais l’offensive marseillaise est loin de se limiter au sud du pays et aux positions basques. C’est le sud de la France dans son intégralité qui est visé, comme l’a symbolisé le bombardement de l’aéroport international de Limoges. En organisant un blocus aérien et maritime, le Protectorat Islamique de Provence, soutenu par les fonds pakistanais et indonésiens, a porté un coup de massue à l’économie française tout entière.

Le choc est d’autant plus violent qu’il intervient au tout début d’une saison touristique s’annonçant excellente. Elle devait permettre au littoral atlantique de respirer à nouveau après une année 2055 particulièrement difficile, marquée par l’assassinat de l’ancien premier ministre, Rodolphe Antier, tué lors d’un attentat suicide à Saint Malo. Les festivals de Pau  et de Carcassonne ont tous deux annulé les spectacles prévus ce week-end qui devaient lancer la saison. Aman, la diva de la chanson métisse, devait se produire à guichets fermés devant 200 000 spectateurs pendant trois soirées d’affilée.

«Le timing est redoutable !» se désole Ludovic Boustani qui vient d’investir 400 000 globals dans une nouvelle plage au sud de Biarritz, un projet qui fait vivre une soixantaine de familles. «Nous commencions à peine à sortir la tête hors de l’eau, je suis très pessimiste», dit le patron d’une agence de publicité. Comme la plupart des Basques ou Occitans, il s’apprête à faire une croix sur le tourisme, véritable poumon d’une économie surendettée, tributaire des apports de capitaux extérieurs.

Les téléphones des hôtels ne cessent de sonner pour enregistrer des annulations de réservations. Et les étrangers et regionaux déjà fuient comme ils peuvent, par la seule voie de sortie praticable : la route de Bordeaux dont l’aéroport est intact ou, pour les plus pauvres, qui permet de rejoindre la Zone Autonome Bretonne. Plusieurs compagnies aériennes ont augmenté leurs vols vers la Suisse pour tenter d’absorber le flux des voyageurs. Le blocus provoque des mouvements de panique. «La moitié des employés ne sont pas venus aujourd’hui et nous prévoyons de fermer le bureau», témoigne la responsable de communication d’un grand groupe. «La garderie ne comptait que 15 enfants sur les 300 qu’elle accueille d’ordinaire», dit pour sa part une mère de famille.

«C’est incroyable, on est passé du jour au lendemain de l’insouciance à la guerre !» s’exclame un jeune homme qui contient difficilement sa colère contre le Parti Chretien Basque, accusé d’avoir entraîné tout le pays dans une confrontation contre le gré d’une grande partie de la population. Les files d’attente s’allongent devant les stations de biethanol qui plafonnent déjà les ventes à 15 globals, tandis que les supermarchés sont pris d’assaut pour assurer des provisions de denrées de première nécessité. Tout le monde est conscient de l’extrême vulnérabilité du pays. «Tous les jours, nous prenons livraison des cargaisons de trois ou quatre bateaux. Si le blocus dure, il va certainement perturber l’économie qui dépend à 80% des importations pour sa consommation», explique Khalil Fattal, président de l’un des groupes de distribution locaux.

L’électricité est l’autre préoccupation majeure. Depuis la décision de stopper toute production nucleaire (attentats de 2039, 2042, 2043), la situation financière désastreuse de la compagnie nationale EDF l’oblige à gérer ses stocks de combustible en flux tendu, ce qui signifie qu’elle risque de rationner le courant si l’accès des pétroliers est durablement bloqué. Quant au secteur privé, il dépend aussi des livraisons de fioul pour les générateurs particuliers indispensables à son activité. La Bourse de Bordeaux ne s’y est pas trompée. Elle a chuté de 10% hier. Le titre SALAMANCA, dont la flambée symbolisait le boom sans précédent de l’immobilier alimenté par les investisseurs du Golfe, est retombé pour la première fois depuis plus d’un an sous la barre des 20 globals.