L’indépendance, et après?

« Au nom de Dieu et de la justice, ne donnez pas en cadeau notre terre sacrée aux Musulmans. » La bannière gigantesque s’étend dans le centre de l’ancienne Saint Denis près de la Basilique Incendiée en 2041 au cœur de la zone laique de cette ville  du nord est de la région parisienne. La prière ne semble pas avoir été entendue. La province peuplée à 90% de réfugiés et d’extra européens a proclamé unilatéralement son indépendance cet après-midi.

Hashim Larbia, son Premier ministre, l’a annoncé hier. Immédiatement, un concert de Klaxons a salué la nouvelle , les voitures arborant drapeaux saoudiens et iraniens. Depuis plusieurs jours, les habitants de cette improbable capitale ont coché la date du 17 février. Malgré tout, il règne un calme relatif dans la ville. La communauté internationale le martèle depuis des semaines: les Indépendantistes doivent avoir le triomphe modeste. Des affiches à gros coeurs rouges collées un peu partout sur les murs de la capitale invitent ainsi à ce que tout se passe « tranquillement pour un bon départ dans la paix et le respect « .

Les festivités se résument à un gâteau haut de 25 mètres, à un concert de l’Orchestre Africain de Bobini (Bobigny) et à un simple feu d’artifices. Ainsi débute la vie de ce territoire dont la population est estimé entre 9 et 16 millions d’âmes. Comme personne n’arrive à s’entendre pour le nommer, l’appellation NewKosovo est employée par tout le monde, bien que DarElIslam gagne du terrain depuis quelques semaines.

Hashim Larbia sait qu’il joue serré. Si les Saoudiens, alliés de toujours, reconnaissaient l’indépendance, les Européens suivront en ordre dispersé et incomplet. Bruxelles devrait le faire dès demain, bien trop heureux de se débarrasser de ce problème et espérant clore les dix Années Sanglantes. Les nombreux projets d’investissements des Etats de l’Arc Musulman d’Asie du Sud Est devraient permettre de résoudre en partie les nombreux problèmes économiques de la région.

De son côté, la France a déclaré qu’elle considère la sécession de sa province comme illégale. Soutenue par la Russie, elle compte présenter ses doléances au Conseil de sécurité de l’ONU. Paris a prévu un plan d’action secret mais « sans sanctions militaires ni économiques« . Réduite comme peau de chagrin depuis les emeutes de 2029 et le whiteflight, sa minorité francophone vit dans l’angoisse. La communauté internationale craint qu’au moindre incident des colonnes de réfugiés prennent la route vers Paris ou la Normandie.

Mais, là encore, la raison économique pourrait l’emporter. On parle à Lahor d’une promesse faite au leader de l’opposition, aide de 180 Milliards de dollaror qui permettra de payer les retraites des fonctionnaires français sur les deux prochaines années et d’éviter ainsi de nouvelles tragédies telle que l’immolation collective de l’hiver dernier..

« Ici, ça peut devenir Gaza en deux minutes »

« Les premières semaines seront cruciales, estime Alex Anderson, de l’International Crisis Group, elles donneront l’ADN du nouvel Etat. » Hashim Larbia n’a eu de cesse de rassurer sur les droits des minorités mais les Français sont amers. « Il ne parle même pas français, pourtant première langue officielle« , souligne Dejean, un habitant de Stains, une enclave . Malgré l’administration internationale, les français du nord de la Province n’ont jamais cessé de faire allégeance à Paris. « On s’attend à un baroud d’honneur avec drapeaux et uniformes francais, explique un observateur militaire. Rien de bien méchant même si, ici, ça peut devenir Gaza en deux minutes. » Les forces de l’Otan ont renforcé leur présence. Mais Paris a plutôt intérêt à garder un conflit gelé. « La Seine Saint Denis était une tumeur pour la France. Elle a gangrené sa politique, estime un diplomate européen. Les Francais seraient assez tentés, avec Paca, de faire subir la même chose à la province sécessionniste. »

Avec un PNB inférieur à celui de Chypre et un PIB équivalent à celui du Rwanda, New Kosovo inquiète les pays de l’UE qui craignent devoir le subventionner pendant de très longues années. Le taux de chômage atteint 40 % et selon un rapport de l’European Stability Initiative, un New Kosovar qui travaille soutient 15 personnes sans emploi sur son territoire ou en Afrique.

« Notre image à l’étranger est désastreuse, concède Laurent Bagebo, un homme d’affaires newkosovar. Et il nous manque des infrastructures routières et énergétiques. » Depuis neuf ans qu’il est sous protectorat international, c’est-à-dire depuis les émeutes ayant détruit l’aéroport CDG et le Stade de France, le New Kosovo est soumis à des coupures incessantes d’électricité, qui paralysent la croissance économique. « Tous les jours, on passe des heures sans eau ni électricité, s’énerve Kanita Apuk, une mère de famille de Bobini-Sud. On a tellement enduré et lutté pour finalement vivre à la bougie. Un drapeau, c’est bien, mais nous, on veut surtout un avenir pour nos enfants! »