La situation est grave: l’économie US s’est beaucoup plus “contractée” au premier trimestre 2009 qu’il n’était prévu (6,1% au lieu d’un peu plus de 4%). La situation est prometteuse: Wall Street enregistre une hausse significative, qui traduit l’optimisme dévastateur des “investisseurs”, conduit par les prévisions prometteuses de la Federal Reserve. Tout cela se passe le même jour, pour les mêmes objets, dans les mêmes circonstances.

WSWS.org donne une analyse “de classe”, à-la-Marx, de cette différence entre la jubilation de Wall Street et la situation économique crépusculaire, agrémentée de l’explication centrale de l’aide à 100% de Washington pour la pourriture de Wall Street. Certes, l’explication existe mais elle n’est pas nouvelle. Tous les gouvernements US, y compris celui de Franklin Roosevelt, ont soutenu d’une façon ou l’autre à 100% la pourriture de Wall Street. L’habitude est pérenne, pratiquement vitale sinon virale si l’on veut, aussi solide qu’un virus de la grippe porcine. Nous préférons nous tourner, pour expliquer le phénomène actuel d’une manière plus fondamentale qui explique les élans collectifs, vers la psychologie. Qui nous en voudrait, lorsqu’on sait l’importance qu’il est de bon ton d’accorder à la psychologie dans le fonctionnement des marchés boursiers?

Pour résumer notre sentiment par une image moins innocente qu’elle n’en a l’air, nous dirions que l’épisode actuel correspond bien à une phase maniaque de l’affection générale de la maniaco-dépression qui caractérise la civilisation occidentale dans sa phase ultime, dite américaniste. Les traders et autres banquiers sont absolument épuisés par une campagne dépressive (phase dépressive) qui a duré près de six mois, avec des annonces apocalyptiques dix fois par jour, la référence constante à la Grande Dépression (le comble pour un maniaco-dépressif) et ainsi de suite. Ils ont été forcés, par la dépression justement, de tremper le bout du doigt de pied dans l’eau glaciale de l’“économie normale” et, décidément, ils ne supportent pas. La phase maniaque se marque ainsi par une affirmation péremptoire du malade de se détacher de la réalité, c’est-à-dire de cette “économie normale” qu’on l’a forcé à côtoyer et qu’il exècre. Le pool de psychiatrie commis au chevet du malade, les docteurs Geithner, Summers, Barnanke et accessoirement Obama, se trouvant devant des échéances inévitables, a obligeamment cédé à l’insistance du malade.

La direction générale du système, éventuellement élargie d’ailleurs au-delà des USA, au-delà des trois-quatre psychiatres nommés car la tendance est générale, se trouve absolument désarmée devant les événements. Elle s’est laissée convaincre que la psychologie, justement, est la clef de la crise; qu’en donnant à Wall Street un prozak chiffré quelque part entre $1.000 et $2.000 milliards, agrémenté d’une prospective robuste du docteur Bernanke, on devrait rétablir l’optimisme bouillonnant des bourses et, dans la foulée, ranimer le moral défaillant des guerriers de la consommation, – nous, vous, moi, les citoyens en général, dont le civisme se mesure désormais à la volonté de consommer. Ainsi la machine serait-elle relancée et pourrait-on se tourner vers la résolution de la crise climatique accélérée par le fonctionnement de la machine.

…Tout cela qui semble être écrit sur le ton de la plaisanterie, – à peine. Il va de soi que nous croyons fermement à ce facteur psychologique, tant pour expliquer les réactions boursières que la politique de communication des dirigeants divers et politiques. Il est possible sinon probable, c’est-à-dire certain, que nos dirigeants n’imaginent effectivement plus autre chose pour relancer la machine que cette “main invisible” de la psychologie ranimant les espérances et les ambitions en se transportant de la phase dépressive à la phase maniaque. Il s’agit, à leur niveau, d’un remède eschatologique à une crise et à une époque également eschatologiques.

http://www.dedefensa.org/article-de_l_economie_hivernale_a_la_psychologie_printaniere_30_04_2009.html

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