Le couple sino américain moteur de la dé mondialisation.

Les choses semblent maintenant entendues : la grenouille ne peut se faire aussi grosse que le bœuf et l’Etat américain demande à la FED de monétiser la dette. L’annonce en est faite depuis le 18 mars dernier avec les quelque 300 milliards de dollars de bons du trésor émis contre création monétaire.Et probablement ne s’agit’ il que d’un acompte.

La suite est bien connue : recul du dollar sur les marchés des changes, hausse des cours des matières premières, inflation, etc. Le coût d’une telle décision est élevé, mais sans doute moins que celui de gérer honnêtement un deleveraging  économiquement sanglant et laissant intacte une épargne chinoise désormais menaçante.  L’avenir de la crise des années 2010 se jouera sur le registre géopolitique : l’empire américain ne peut se faire grignoter par l’émergence d’un concurrent asiate et il est probable que la Chine en acceptera temporairement le principe.

Les handicaps de la sous productivité et de l’extraversion chinoise.

Au-delà d’une monnaie très contenue par les autorités, c’est bien la faiblesse des salaires qui expliquait la compétitivité de la chine, à l’égard bien sûr des USA, mais aussi à l’égard de la quasi totalité des pays de la planète. D’où l’extraordinaire montée de la part du pays dans le total des exportations à l’échelle mondiale. Mais Krugman avait raison de dire que cette faiblesse était aussi le signe le plus évident de la sous productivité.

Certes l’extraordinaire croissance s’expliquait par une non moins extraordinaire croissance de la productivité du travail : 10,6% en 2007. Mais ces gains sont encore issus d’un redéploiement d’activités improductives vers des activités modernes, ce qui devait annoncer le ralentissement de la croissance avec l’hégémonie attendue du secteur moderne. Tous les spécialistes constatent encore des gains très modérés en termes de productivité globale des facteurs. Au final aujourd’hui encore, la chine ne réalise que le ¼ du PIB américain en mobilisant une population active d’environ 800 millions de travailleurs contre seulement environ 150 millions côté américain. Ce qui signifie qu’il faudrait mobiliser 3,2 milliards d’individus pour réaliser le PIB américain. Ce qui signifie qu’un travailleur chinois produit 21 fois moins qu’un travailleur américain. Même si l’on abandonne la comparaison à partir d’un taux de change toujours discutable- et qui sera fort discuté demain- pour aborder la question à partir de la parité des pouvoirs d’achats, le résultat mène à la constatation de la sous productivité chinoise. En termes de PPA le rapport des PIB (données de la Banque mondiale et du FMI) est d’environ 2, ce qui classe la chine avant le japon et derrière les USA. Cela signifie pourtant qu’il faut encore 1,6 milliards de chinois pour produire le PIB américain, et fait de chaque travailleur chinois un individu produisant 12 fois moins qu’un travailleur US.

Mais la sous productivité, parce qu’endiguée par la faiblesse des salaires permet au continent chinois de présenter des caractéristiques d’extraversion jusqu’ici jamais vues dans le monde. Traditionnellement ce sont les cités états qui étaient ou sont extraverties, et personne ne s’étonnait que Singapour exportait l’essentiel de son PIB. Par contre les ensembles vastes, voire continentaux  se distinguaient par des échanges modestes relativement au PIB. Ce qui a caractérisé la chine tout au long de sa croissance fût la croissance de son extraversion. A la veille de la crise c’est plus de 50% du PIB qui était exporté, soit un record mondial pour une économie continent. Avec pour caractéristique complémentaire un recul progressif de la consommation finale qui n’était plus que de 40% du PIB en 2008. Sans doute l’Allemagne, il est vrai, sur de toutes autres bases, a connu une croissance spectaculaire de son extraversion, mais ses exportations se limitent à 42% du PIB. Par comparaison un pays comme la France n’exporte que 25% de son PIB, tandis que sa consommation finale est 3 fois supérieure aux exportations. On comprend que ce dernier pays soit plus abrité au regard des effets de contamination.


Ce double contexte de sous productivité est d’extrême extraversion situe la Chine dans une position de vulnérabilité face à ce qui peut apparaitre comme une rupture de contrat de la part des USA.

La marche vers la dé mondialisation .

L’extraversion extrême de l’économie chinoise peut être vécue comme un mercantilisme agressif aiguisé par une politique de change allant dans le même sens. Mais il était aussi, côté américain, possible de lire les importations chinoises comme produisant du pouvoir d’achat sur la base de prix bas. Seule la désindustrialisation, grave des USA, pouvait induire l’idée d’une renégociation à terme du partenariat. En revanche le placement loyal des excédents chinois dans la dette souveraine américaine semble mutuellement avantageux tant que la confiance règne : l’achat de bons du trésor est une garantie de demande croissante d’exportations chinoises, contre une garantie de financement du trésor malgré des ressources fiscales insuffisantes pour couvrir les dépenses- nota manent- militaires de maintien de l’empire.


La crise fait disparaitre la confiance et fait émerger l’idée que l’extraversion est allée beaucoup trop loin. La perte de confiance provient des USA qui voient dans le respect du contrat la fin de leur statut : il s’agit de profiter de la crise pour ne plus respecter les règles du jeu. L’inflation à venir est d’abord le non respect des droits de propriété de la Chine sur la dette américaine, Chine devenant la première victime de la nouvelle euthanasie de rentiers.


Mais le coup porté est double car la valeur du dollar est affectée par l’inflation et, le taux de change, sauf déclenchement d’une guerre des monnaies, affectera de manière sensible les exportations chinoises.  Certes une élévation du taux de salaire chinois -élévation déjà constatée bien avant la crise- permet de combler par une demande interne accrue le recul des exportations vers les USA. En revanche cette même élévation du taux de salaire vient se heurter à la sous productivité et correspond à un recul de compétitivité. Recul lui-même renforcé par une élévation du contenu en produits importés des exportations chinoises. Et ce recul accélère l’effacement du surplus sur les USA. La décision de s’affranchir des limites à la création monétaire aux USA, vient grandement limiter l’aventure de l’aberrante extraversion de cette économie continent qu’est la Chine. Et la marche vers l’auto centrage sera d’autant plus rapide que la chine ne peut pas (encore) compenser l’effet négatif du taux de change par des gains de productivité globale des facteurs suffisants.

En contre partie,  la chute de la compétitivité chinoise, dans un contexte de sous productivité, autorise la fin de la déflation salariale aux USA, et plus encore un début de réindustrialisasion, ou, autrement exprimé, le recentrage du développement américain. Il y a donc bien derrière l’annonce du 18 Mars la fin d’une certaine mondialisation.

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