« Je veux être le Président du pouvoir d’achat » avait declaré Nicolas Sarkozy en fevrier 2007, quelques mois avant son election.

Le pouvoir d’achat, ce terme délicieux, devint quelques mois après la préoccupation principale des français, emportés comme les autres humains dans la crise globale de 2008.

Les publicitaires,  au fait des enquêtes d’opinions qu’ils fabriquent eux mêmes, utilisèrent à tout vent ce terme, bientôt rejoint par les médias.

Il fallait lutter pour le pouvoir d’achat. En consommant Machin, vous gagnez du pouvoir d’achat. Les hypermarchés Bidule luttent à vos cotés pour le pouvoir d’achat.

Le 11 octobre 2007, on comptait 2 310 000 résultats sur google en cherchant « pouvoir d’achat ». Le 22 septembre 2008, on dénombrait plus de 4 millions de résultats.

pouvoir dachat

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L’une des plus vastes escroqueries sémantiques du siècle (le siècle précédent n’avait pas été avare : clandestins devenant sans papiers, marxisme devenant droit de l’homme, …) venait de naître. Les veaux suivirent béatement.  Marketing, Pub, Politiques tous s’entendirent sur ce nouveau fond de commerce prometteur.

En achetant une Logan quand deux ans auparavant on pouvait s’offrir une berline Renault, on luttait pour son pouvoir d’achat. En achetant chez un hard discounter des yaourts au packaging volontairement rebutant et au goût immonde, on defendait son pouvoir d’achat.

Après les produits, vinrent les services. Je n’assure ma voiture que pour aller à mon travail. Je ne voyage que en low cost. Je ne frequente que les hotels discounts. Je ne me soigne que quand je vais mourir.

Mais cette lutte ne devait jamais prendre fin. Les francais, bientot rejoint par les européens et les americains, s’activèrent à rogner leurs budgets, leurs depenses, leurs loisirs, leurs alimentations.

Encore plus cynique, la perte de pouvoir d’achat remplaca bientot le pouvoir d’achat, sans que personne n’y trouve à redire.

Seuls gagnants : les politiques et les publicitaires. Ces derniers avaient trouvé leur motto pour les dix années qui suivraient. Quant aux politiques, la victoire etait superbe, à la hauteur de la celerité de leur réaction pour créer ce concept. Car, quel politicien aurait admis que le pouvoir d’achat ne masquait finalement que l’appauvrissement d’un pays, d’un continent, d’une civilisation?

L’Europe, qui avait amené le monde à la modernité en s’enrichissant grassement au passage, passait à son tour à la caisse, quatres générations plus tard. Consommer des yaourts à l’eau, rouler dans des voitures digne des années 80, vivre comme un glampin en comptant ses pièces  dès les premiers jours du mois, passer de trois semaines de vacances en Espagne à une semaine chez Tonton Kevin à boire l’eau du robinet voilà une perspective que les baby boomers et leurs descendants n’avaient pas vraiment envisagé.

L’appauvrissement brutal, durable et généralisé des classes moyennes occidentales passa comme une lettre à la poste, grâce à la sémantique, à la manipulation des concepts et un effort mediatique sans précédent.

Chaque fois que vous entendez « pouvoir d’achat », pensez « appauvrissement ».

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