Journal 2020-2080

Entrée de mars 2009

Envisager sereinement le protectionnisme

mars 30, 2009 · Laisser un commentaire

- Vous n’y pensez pas? On a bien vu en 1933 ce que cela à donné! Le protectionnisme, c’est le repli sur soir et cela mène directement au fascisme et au nazisme.

- Le protectionnisme? Mais comment osez vous parlez du protectionnisme? Relisez vos livres d’histoires, le protectionnisme a engendré le nazisme! Voulez vous entendre les bruits de bottes dans vos rues? C’est la guerre que vous voulez?

Voilà en résumé ce que nos “Elites” nous serinent à longueur d’interview. Il est établi que le protectionnisme mène au nazisme. La Novlangue nous créera sous peu le protectionazisme.

Or, le protectionnisme c’est se protéger. Il n’est pas question d’envisager une fermeture totale des frontières (qui entre parenthèses sont désormais européennes, ce qui met à bas toute idée de nazisme, mais passons, nos Elites simplifient volontairement leurs concepts pour les ignares que nous sommes), mais de protéger certains pans de nos économies européennes, nos droits et nos acquis sociaux, en bref, notre mode de vie.

Nous avons le droit de preferer vivre à l’occidentale, voire à l’européenne, plutot qu’a vivre dans un infâme bordel mondialisé, métissé, sans âme et sans autre but que le chacun pour soi.

Pourquoi avons-nous besoin du protectionnisme ?

Sur le fond, le raisonnement est finalement assez simple : la libre concurrence entre des pays dont les écarts de salaires vont de 1 à 20 provoque inexorablement une baisse des salaires et du chômage dans les pays où ils sont plus élevés. Les Etats-Unis ont fait le choix du premier puisque le salaire d’un ouvrier Américain a baissé de plus de 10% depuis les années 70 et que le salaire minimum est passé de 8 à 5,15 dollars depuis 1966 (en dollar constant). L’Europe a choisi le chômage et la stagnation des salaires.

Les théoriciens du libre-échange auront beau rappeler toutes les belles théories écrites il y a des siècles, il ne faut pas oublier qu’à l’époque de Ricardo, les écarts de salaire allaient de 1 à 2. En outre, la théorie des avantages compétitifs a de grandes limites, tant illustrées par le fait que la Chine devient l’usine du monde, indistinctement des secteurs que par l’analyse de Jean-Luc Gréau. Bien sûr, le commerce peut être bénéfique mais il est aujourd’hui un facteur d’appauvrissement de la population des pays développés.

Maurice Allais, notre seul prix Nobel d’économie a été le pionnier de ce débat, au début des années 90. Emmanuel Todd lui a emboîté le pas et aujourd’hui Hakim El Karoui, Jean-Luc Gréau, Jacques Sapir ou Gérard Lafay plaident pour le protectionnisme. Mieux, même s’ils n’ont pas encore franchi le cap protectionniste, de nombreux économistes (Patrick Artus, Paul Krugman, prix Nobel d’économie et même Alan Greenspan) reconnaissent que le libre-échange provoque un appauvrissement des pays développés.

Le difficile débat sur le protectionnisme

Malgré cette percée idéologique, le débat est encore difficile aujourd’hui et oppose trop souvent les gentils partisans du libre-échange et les méchants protectionnistes, même si la situation s’améliore. Les premiers brandissent la crise des années 30 comme une preuve des dangers du protectionnisme alors qu’il n’était qu’une conséquence de la crise et non pas une cause…

En effet, tous les pays utilisent des formes de protectionnisme. Même l’Allemagne y a recours, par l’utilisation de normes spécifiques (les fameuses normes DIN) qui protègent leurs industriels de concurrents étrangers qui hésitent à investir pour rendre compatible leur production. L’instauration d’une TVA sociale il y a deux ans relève de la même logique. Les Etats-Unis ont une panoplie d’outils protectionnistes (pics tarifaires, réglementation de l’acier, mécanismes de rétorsion) bien plus développée qu’en Europe.

Et à l’opposé de la légende écrite par certains, le modèle de développement du Japon, de la Corée ou de la Chine associe un solide protectionnisme du marché intérieur avec le bénéfice de l’ouverture des autres. 95% des voitures achetées dans ces trois pays sont ainsi produites localement, le marché intérieur étant protégé de différentes manières. La Chine, par exemple, taxait à environ 100% les voitures importées il y a une dizaine d’années (environ 30% aujourd’hui) pour imposer aux constructeurs occidentaux à construire des usines sur place, leur imposant au passage un partenaire local pour former les futurs constructeurs locaux…

Construire un protectionnisme européen de croissance

L’établissement d’une forme de protectionnisme est donc essentiel pour permettre la hausse des salaires dans les pays occidentaux, sinon la concurrence avec les pays émergents provoquera chômage et déflation salariale. Il ne s’agit pas de retourner à l’autarcie. Il n’est en aucun cas nécessaire de remettre en cause le commerce avec des pays comparables au nôtre, ni même d’arrêter complètement le commerce avec les pays émergents. En outre, une restriction de certains commerces aura un impact écologique positif.

l s’agit d’éviter de faire peser une concurrence destructrice pour les salaires et l’emploi. Des solutions existent. Maurice Allais recommande l’utilisation de quotas d’importations (qui pourraient être vendus) : il recommande de réserver 20% du marché industriel aux importations et 10% du marché agricole. Jean-Luc Gréau recommande des droits de douane qui seraient fonction du niveau des salaires. Enfin, il existe toujours une solution fiscale comparable à ce qu’a fait l’Allemagne avec la hausse de sa TVA.

Beaucoup affirment que de telles politiques sont impossibles, que l’Allemagne, qui profite du commerce, refusera forcément la mise en place d’un protectionnisme européen. Je n’y crois pas. Tout d’abord, chaque pays peut adapter sa fiscalité pour permettre une meilleure contribution des importations au bien-être de la collectivité. Ensuite, le souci de compétitivité allemand a des limites : depuis 10 ans, la croissance moyenne de l’Allemagne est de 0,9% et ce pays souffre de l’appauvrissement des classes moyennes. La sévérité de la crise actuelle (le PIB a reculé de 6 à 8% en rythme annuel au 4ème trimestre) peut changer les mentalités.

Les partisans du « laissez passer » oublient l’importance de la demande. La crise actuelle, qui frappe très violemment les économies exportatrices montre les carences d’un système qui déprime la consommation. Cela peut amener les premiers bénéficiaires du libre-échange à s’ouvrir à un protectionnisme de croissance.

La mise en place d’un protectionnisme partiel est une question de survie de société, en l’occurrence de la survie des classes moyennes pauvres en Europe qui ne peuvent ni ne doivent se contenter de vivre de minima sociaux.

Il est intolérable que de plus en plus d’européens en soit réduits à faire les poubelles pour subsister.


La fameuse “société de la connaissance” qui serait la porte de sortie par le haut de l’Europe dans la compétitivité internationale est un leurre grotesque, car les pays émergents, Chine et Inde notamment, forment desormais plus d’ingénieurs que les occidentaux. Seraient ils stupides au point de ne pas pouvoir eux aussi mettre au point cette société de la connaissance?

Gageons qu’encore une fois, nos Elites et leurs Medias, ferons tout pour diaboliser cette idée.

Catégories : Résistance

29 MARS 2009 / REFERENDUM de Mayotte

mars 28, 2009 · Un commentaire

Pas un article la veille dans le Figaro, ni dans Libé,  ni ailleurs…le silence des médias complices est effarant.

Mayotte, la porte ouverte de l’Afrique pour acceder aux conquetes sociales francaises.

Mayotte, la destruction programmée de la cohesion nationale francaise.

Mayotte, 25% de chomage.

Mayotte,  5 enfants par femme.

Mayotte, 30% d’immigrés clandestins.

Mayotte,  la plus importante maternité d’europe.

Mayotte, ou les femmes des environs viennent accoucher et parfois abandonnent leurs enfants.

Merci à nos élites.

may

Temoignage

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Pour faire simple…

mars 26, 2009 · Laisser un commentaire

Il fut un temps ou le seigneur local defendait la vallée.

Plus tard,  le roi local defendait un pays.

Nos elites actuelles ayant perdu tout enracinement, devenus apatrides et s’étant recrées une communauté avec d’autres elites mondialisées, elles n’ont plus que peu d’interet à ce qui arrive aux pauvres allemands, belges, francais, ….

Les classes moyennes et inferieures n’ont pas pu suivre ce mouvement de déracinement. Pour les diviser, la classe supérieure a introduit de la diversité : Plus les sociétés deviennent inégalitaires, plus elles sont attachées à la diversité Voir les Entretien avec Walter Benn Michaels, auteur de “La diversité contre l’égalité” (Raisons d’agir, février 2009). voir ici : http://j2080.wordpress.com/2009/03/05/plus-les-societes-deviennent-inegalitaires-plus-elles-sont-attachees-a-la-diversite/

La destruction de la cohesion d’une société est le meilleur moyen de la diviser et donc de l’asservir.

La mondialisation a donc deux faces, l’une facilement critiquable, monetaire et industrielle, les delocalisations, les paradis fiscaux…

L’autre face n’est pas critiquable, car la bienpensance, ne voyant pas au delà de son nez, se refuse a emettre un jugement negatif sur l’immigration, chance pour la France, l’Europe…mais est ce une chance pour les prolos francais? non.

Tant que la critique de la mondialisation ne poussera pas au bout son raisonnement et ne s’affranchira pas de l’idéologie bisounours, rien ne sera possible.

Comme je l’ai déjà dit, la crise ce n’est pas quand votre portefeuille boursier s’effondre de 80%. La crise c’est quand vos voisins de quartiers, de villages, n’ont plus rien a bouffer et qu’ils lorgnent votre potager.

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La marche vers la dé mondialisation commence

mars 25, 2009 · Laisser un commentaire

Le couple sino américain moteur de la dé mondialisation.

Les choses semblent maintenant entendues : la grenouille ne peut se faire aussi grosse que le bœuf et l’Etat américain demande à la FED de monétiser la dette. L’annonce en est faite depuis le 18 mars dernier avec les quelque 300 milliards de dollars de bons du trésor émis contre création monétaire.Et probablement ne s’agit’ il que d’un acompte.

La suite est bien connue : recul du dollar sur les marchés des changes, hausse des cours des matières premières, inflation, etc. Le coût d’une telle décision est élevé, mais sans doute moins que celui de gérer honnêtement un deleveraging  économiquement sanglant et laissant intacte une épargne chinoise désormais menaçante.  L’avenir de la crise des années 2010 se jouera sur le registre géopolitique : l’empire américain ne peut se faire grignoter par l’émergence d’un concurrent asiate et il est probable que la Chine en acceptera temporairement le principe.

Les handicaps de la sous productivité et de l’extraversion chinoise.

Au-delà d’une monnaie très contenue par les autorités, c’est bien la faiblesse des salaires qui expliquait la compétitivité de la chine, à l’égard bien sûr des USA, mais aussi à l’égard de la quasi totalité des pays de la planète. D’où l’extraordinaire montée de la part du pays dans le total des exportations à l’échelle mondiale. Mais Krugman avait raison de dire que cette faiblesse était aussi le signe le plus évident de la sous productivité.

Certes l’extraordinaire croissance s’expliquait par une non moins extraordinaire croissance de la productivité du travail : 10,6% en 2007. Mais ces gains sont encore issus d’un redéploiement d’activités improductives vers des activités modernes, ce qui devait annoncer le ralentissement de la croissance avec l’hégémonie attendue du secteur moderne. Tous les spécialistes constatent encore des gains très modérés en termes de productivité globale des facteurs. Au final aujourd’hui encore, la chine ne réalise que le ¼ du PIB américain en mobilisant une population active d’environ 800 millions de travailleurs contre seulement environ 150 millions côté américain. Ce qui signifie qu’il faudrait mobiliser 3,2 milliards d’individus pour réaliser le PIB américain. Ce qui signifie qu’un travailleur chinois produit 21 fois moins qu’un travailleur américain. Même si l’on abandonne la comparaison à partir d’un taux de change toujours discutable- et qui sera fort discuté demain- pour aborder la question à partir de la parité des pouvoirs d’achats, le résultat mène à la constatation de la sous productivité chinoise. En termes de PPA le rapport des PIB (données de la Banque mondiale et du FMI) est d’environ 2, ce qui classe la chine avant le japon et derrière les USA. Cela signifie pourtant qu’il faut encore 1,6 milliards de chinois pour produire le PIB américain, et fait de chaque travailleur chinois un individu produisant 12 fois moins qu’un travailleur US.

Mais la sous productivité, parce qu’endiguée par la faiblesse des salaires permet au continent chinois de présenter des caractéristiques d’extraversion jusqu’ici jamais vues dans le monde. Traditionnellement ce sont les cités états qui étaient ou sont extraverties, et personne ne s’étonnait que Singapour exportait l’essentiel de son PIB. Par contre les ensembles vastes, voire continentaux  se distinguaient par des échanges modestes relativement au PIB. Ce qui a caractérisé la chine tout au long de sa croissance fût la croissance de son extraversion. A la veille de la crise c’est plus de 50% du PIB qui était exporté, soit un record mondial pour une économie continent. Avec pour caractéristique complémentaire un recul progressif de la consommation finale qui n’était plus que de 40% du PIB en 2008. Sans doute l’Allemagne, il est vrai, sur de toutes autres bases, a connu une croissance spectaculaire de son extraversion, mais ses exportations se limitent à 42% du PIB. Par comparaison un pays comme la France n’exporte que 25% de son PIB, tandis que sa consommation finale est 3 fois supérieure aux exportations. On comprend que ce dernier pays soit plus abrité au regard des effets de contamination.


Ce double contexte de sous productivité est d’extrême extraversion situe la Chine dans une position de vulnérabilité face à ce qui peut apparaitre comme une rupture de contrat de la part des USA.

La marche vers la dé mondialisation .

L’extraversion extrême de l’économie chinoise peut être vécue comme un mercantilisme agressif aiguisé par une politique de change allant dans le même sens. Mais il était aussi, côté américain, possible de lire les importations chinoises comme produisant du pouvoir d’achat sur la base de prix bas. Seule la désindustrialisation, grave des USA, pouvait induire l’idée d’une renégociation à terme du partenariat. En revanche le placement loyal des excédents chinois dans la dette souveraine américaine semble mutuellement avantageux tant que la confiance règne : l’achat de bons du trésor est une garantie de demande croissante d’exportations chinoises, contre une garantie de financement du trésor malgré des ressources fiscales insuffisantes pour couvrir les dépenses- nota manent- militaires de maintien de l’empire.


La crise fait disparaitre la confiance et fait émerger l’idée que l’extraversion est allée beaucoup trop loin. La perte de confiance provient des USA qui voient dans le respect du contrat la fin de leur statut : il s’agit de profiter de la crise pour ne plus respecter les règles du jeu. L’inflation à venir est d’abord le non respect des droits de propriété de la Chine sur la dette américaine, Chine devenant la première victime de la nouvelle euthanasie de rentiers.


Mais le coup porté est double car la valeur du dollar est affectée par l’inflation et, le taux de change, sauf déclenchement d’une guerre des monnaies, affectera de manière sensible les exportations chinoises.  Certes une élévation du taux de salaire chinois -élévation déjà constatée bien avant la crise- permet de combler par une demande interne accrue le recul des exportations vers les USA. En revanche cette même élévation du taux de salaire vient se heurter à la sous productivité et correspond à un recul de compétitivité. Recul lui-même renforcé par une élévation du contenu en produits importés des exportations chinoises. Et ce recul accélère l’effacement du surplus sur les USA. La décision de s’affranchir des limites à la création monétaire aux USA, vient grandement limiter l’aventure de l’aberrante extraversion de cette économie continent qu’est la Chine. Et la marche vers l’auto centrage sera d’autant plus rapide que la chine ne peut pas (encore) compenser l’effet négatif du taux de change par des gains de productivité globale des facteurs suffisants.

En contre partie,  la chute de la compétitivité chinoise, dans un contexte de sous productivité, autorise la fin de la déflation salariale aux USA, et plus encore un début de réindustrialisasion, ou, autrement exprimé, le recentrage du développement américain. Il y a donc bien derrière l’annonce du 18 Mars la fin d’une certaine mondialisation.

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Quelle société avec un chomage à 30%?

mars 19, 2009 · Laisser un commentaire

Pour certains il s’agit là d’une question théorique loin de toute réalité et donc la lecture de cet article n’est qu’une perte de temps. Laissons-les donc subir les prochaines vagues financières successives faites d’espoir et de désespoir et tentons d’abord de voir avec un peu de lucidité et de logique ce que l’avenir nous réserve. La grande presse financière nous a habitués ces dernières années à un discours d’experts éternellement rassurant visant à prolonger l’illusion que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».

Ainsi la crise des subprimes n’avait aucune chance de se propager, une récession aux Etats-Unis et en Europe était improbable, aucune grande banque ne ferrait jamais faillite (déjà 22 faillites bancaires aux US pour l’année en cours), l’économie mondiale ne risquait rien car la croissance chinoise ne pouvait ralentir, les gouvernements et les banques centrales ne laisseraient pas la crise s’étendre à l’économie réelle, les actions n’ont jamais été aussi bon marché car les mauvaises nouvelles sont déjà incorporées dans les prix, etc.

Mais la réalité s’est avérée être bien loin des opinions exprimées par ces « experts ». Jamais encore une crise n’a été aussi fulgurante: selon le dernier rapport du MSCI la destruction de richesse sur le marché des actions au niveau mondial a dépassé les 30 000 milliards de USD (soit deux fois plus que le PIB américain, une pile de billets de 1 dollar haute de pratiquement 8 fois la distance terre-lune !). Les pertes de valeur de l’immobilier US sont chiffrées à 5000 milliards de USD quant aux pertes liées au crédit elles pourraient atteindre les 1000 milliards de USD. Il est pratiquement impossible de se représenter de tels montants mais ils donnent le vertige et sont à la hauteur de la gravité de la situation.

Il vaut donc mieux avoir le courage d’affronter cette réalité en face même si celle-ci est noire et que les forces en présence sont telles qu’aucune autorité publique ne pourra empêcher l’inéluctable de se produire. La plus grande difficulté est d’anticiper le timing bien plus que la suite des événements.

Si l’on devait caractériser cette crise par un seul mot ce serait la peur. Ce sentiment grandissant va nous servir de fil conducteur pour tenter d’anticiper les événements. Pour que l’économie redémarre il faudra en premier lieu que cette inquiétude grandissante se dissipe car c’est l’espoir en l’avenir qui incite les gens à acheter, créer et investir. Les banques et les entreprises répondent alors à cette demande. Aucun gouvernement ne peut forcer des consommateurs apeurés à acheter.

Les entreprises frappées avec une brutalité inouïe.

Même anticipés par quelques rares analystes, les événements financiers d’octobre ont surpris tout le monde par leur ampleur et leur rapidité. Il en sera de même pour le choc que vont subir les entreprises, l’économie réelle ne glissera pas lentement vers la récession mais la chute sera, elle aussi, d’une exceptionnelle violence. Bien entendu les premiers secteurs industriels touchés seront ceux où le consommateur final dépend directement du crédit : l’immobilier et l’automobile. Et en comptant les sous-traitants cela fait immédiatement beaucoup de monde.

Le secteur du transport routier ou aérien sera lui aussi très lourdement frappé. Quant au transport maritime il sera lui doublement atteint : d’une part par la récession et d’autre part par la raréfaction des lettres de crédits garantissant le paiement de la livraison (ce qu’atteste déjà le crash sans précédent du « Baltic Dry Index »).

Egalement en première ligne, les entreprises à l’origine purement industrielle qui, attirées par les profits nettement supérieurs des banques, ont développés de manière disproportionnée leurs activités financières. Un bon exemple est le géant General Electric dont la division GE Capital a généré 42% de l’ensemble des profits du groupe en 2007. GE Capital est une sorte de banque qui émet des cartes de crédit, qui offre en leasing 1800 avions commerciaux, qui finance de l’immobilier, des autos, etc. Impossible de rentrer dans les détails mais les nuages noires s’amoncellent. Bien entendu General Electric dont la chute du cours de bourse s’accélère de jour en jour et qui a demandé l’aide de fonds souverains asiatiques, pourra toujours compter sur un sauvetage en 2009 par le gouvernement US mais qu’en sera-t-il de tous les autres dans le même cas ?

Un des effets pervers de la mise à disposition de crédits faciles est de fausser le signal demande-offre. C’est particulièrement évident dans le secteur de l’immobilier. Les propriétaires en demandent toujours plus car ils savent que les acheteurs peuvent emprunter facilement et c’est ainsi que l’immobilier résidentiel et commercial flambe. Cette montée des prix agit comme un véritable appel d’air que les promoteurs immobiliers interprètent à tort comme un signal : la demande est forte, nous devons y répondre et construire massivement. Grave erreur, ce n’est pas la demande qui est forte mais bien plutôt la création monétaire. Ces constructeurs se retrouvent maintenant avec d’énormes stocks d’invendus en immobilier résidentiel alors que les prix baissent inexorablement mois après mois. Le même phénomène se produit de manière généralisée : lorsque le consommateur dispose de crédits faciles, il a tendance à sur-consommer. Les entreprises interprètent cette consommation comme une demande réelle, elles empruntent à leur tour et investissent pour répondre à cette fausse demande. Dés que le crédit se tarit, la demande artificielle s’effondre brutalement car le consommateur se remet à consommer en fonction de ses moyens réels et n’achète que ce qui lui semble vraiment nécessaire. Et c’est pour cela que le choc sera très impressionnant : la plupart des entreprises ne sont pas préparées à fonctionner dans un milieu où le crédit est devenu rare.

Et pour rendre les choses encore plus compliquées, bon nombre de ces entreprises sont devenues dépendantes aux dettes à court terme, les « commercial paper » qu’elles ont de plus en plus de mal à prolonger (« roll over ») ou à convertir en prêts à long terme. On estime qu’en 2009, environ 900 milliards de dettes émises par les entreprises en Europe et aux Etats-Unis arriveront à maturité et devront être renouvelées et on peut craindre que le marché n’exige alors des primes de risque record.

Et je ne parle même pas d’un autre effet pervers du crédit facile : le rachat d’entreprise par effet de levier, les fameux « Leverage Buyout » grande spécialité de certains hedge funds. Combien d’entreprises saines se sont soudain retrouvées à la limite du surendettement pour financer leur rachat ? Pour la plupart celles-ci ne résisteront pas à la déflation.

Un premier signe qui ne trompe pas est l’écart qui existe entre les T-Bill à 3 mois et les emprunts obligataires (notés Baa) des entreprises. Il faut remonter à 1934 pour voir de tels écarts: autrement dit, les investisseurs ont peur de prêter aux entreprises. D’ailleurs le coût des CDS (assurance défaut de paiement) liés aux entreprises ne cesse d’augmenter.

Même le petit commerce est frappé : nombreux sont les petits commerçants ayant emprunté ces dernières années pour remettre à neuf leur magasin. Ils se retrouvent endettés avec une clientèle de plus en plus frileuse.

Le premier corollaire de la tourmente que vont traverser les entreprises est l’explosion du chômage réel qui pourra atteindre 30% en Europe, au creux de la dépression.

Les fonds de pension dans la tourmente

La déflation monétaire entrainera des chutes boursières durables avec des conséquences dramatiques sur les retraites financées directement ou partiellement par ces bourses. Ainsi on constate qu’aux Etats-Unis, de janvier à septembre 2008, en moyenne un fonds de pension d’un Etat ou d’une municipalité a perdu 14,8% alors qu’il a comme objectif 8% de profit. En Amérique 21 millions de fonctionnaires, d’enseignants, de pompiers et de policiers ont confié leur retraite à 2700 fonds qui gèrent des actifs équivalents à 1400 milliards de USD. 40% de ces fonds se retrouvent incapable d’assurer le paiement futur des retraites des cotisants actuels. Cette crise des fonds de pension tombe mal alors que la génération des « baby-boomers » s’apprête à prendre sa retraite. « California’s Calpers », le plus gros fonds de pension public aux USA annonçait le 24 octobre dernier avoir perdu, au 3ème trimestre, 40 milliards de USD en valeur d’actifs soit 20%. L’Etat du New Jersey est pour ainsi dire en faillite après que son fond de pension public vient d’enregistrer une perte telle que la valeur de ce fonds est maintenant estimée à 60 milliards de dollars soit la moitié de ce qu’il est censé verser dans les prochaines années.

Le 20 novembre dernier le sénat argentin votait la nationalisation de fonds de pension privés gérants 24 milliards de USD. Officiellement pour les sauver de la faillite. Est-ce qu’un tel scénario est envisageable dans l’Amérique d’Obama ? Poser la question est certainement y répondre !

Partenariat public-privé

Au fur et à mesure que la crise va s’intensifier et que les tentatives de reprise boursière vont s’essouffler et se solder en crash à répétition, les investisseurs déçus vont fuir les marchés traditionnels et surtout les hedge funds. Parallèlement à ces chutes boursières, les autorités publiques vont tenter de relancer l’économie. Les états vont emprunter pour « investir » essentiellement de trois manières:

- Dans des plans de relance éco-keynésien. Autrement dit une relance par les économies d’énergie et la lutte contre le dérèglement climatique prétendument provoqué par l’homme plutôt que par le soleil. Ainsi pour aider l’immobilier en crise, on va voir l’Etat investir dans l’isolation de bâtiments publics ou privés. On verra la construction d’éoliennes, de centrales solaires, géothermiques, etc. Naturellement les travaux publics classiques ne seront pas négligés. Par exemple, l’ « American Society of Civil Engineers » estime à 1600 milliards de USD sur 5 ans le montant nécessaire pour remettre en état les routes et le réseau électrique aux Etats-Unis. Un autre classique des plans de relance est la mise en chantier de logements sociaux.

- Dans des fonds parapublics destinés à financer ces plans de relance ainsi que des prises de participation de l’Etat dans des entreprises privées en difficulté, « trop grosses pour faire faillite » . Ils serviront aussi à décharger les bilans bancaires de l’immobilier résidentiel et commercial que les banques auront saisi dans un marché en pleine déroute. Officiellement pour en faire des logements sociaux. Toujours en vue d’aider les banques ces fonds pourront subsidier des prêts hypothécaires déficients voire même contribuer à nationaliser des banques pour les forcer à prêter de l’argent. Divers incitants fiscaux et autres garanties étatiques seront offertes aux investisseurs privés, ravis de trouver dans ces fonds un havre de paix, loin des bourses.

- Dans l’engagement massif de fonctionnaires publics ou parapublics

Selon le pays concerné, l’accent sera mis sur un axe plutôt qu’un autre. Face à des rentrées fiscales en baisse et des emprunts en forte hausse, les états seront ravis de pouvoir sous-traiter certaines activités publiques au secteur privé. Ainsi par exemple, il faut se préparer à voir l’or bleu, l’eau, partir définitivement dans les mains du privé. La compagnie française Veolia Water dessert déjà 600 municipalités aux Etats-Unis et ce n’est qu’un tout début.

Autrement dit, on va donc assister au développement spectaculaire de « partenariats » public-privé.

Mais ces plans ne fonctionneront pas. De l’argent pour maintenir artificiellement en vie une entreprise qui a commis d’énormes erreurs est de l’argent non productif. Le problème est simplement reporté dans le temps. Il vaut mieux trancher le membre malade plutôt que de laisser le corps être gagné par la gangrène. Ainsi il est parfois préférable de ne rien faire. Pour donner une image, si toutes les banques devaient faire faillite, il ne s’écoulerait pas un jour avant que de nouvelles banques saines ne les remplacent car la demande pour un système bancaire digne de confiance est très forte. Mais comme un politicien ne peut pas compter sur une telle politique pour s’attirer la sympathie des électeurs, elle n’a aucune chance d’être mise en place.

Les analystes vont se détourner de leur obsession de ces dernières années, à savoir le profit par action et s’intéresseront prioritairement à l’analyse des cashflows et de la structure du capital des entreprises. Ne dit-on pas que lorsque la marée baisse tous les bateaux descendent. Toute entreprise qui ne disposera pas d’une manière ou d’une autre d’une garantie de l’Etat apparaîtra comme condamnée. Aucune banque n’envisagera de lui prêter de l’argent et son cours de bourse restera au plus bas. Pour accéder aux capitaux, ces entreprises devront se tourner vers des investisseurs spécialisés dans le “venture capital” qui investissent en direct sans passer par la bourse. On va voir le grand retour du capital-risque mais cette fois pour des entreprises développées qui auraient auparavant tout simplement procédé à une introduction en bourse ou à une émission d’actions (ou d’obligations) sur le marché secondaire.

Quand les forces de gauche se réveillent

Face à des banques sous perfusion étatique, face à des assureurs qui tel AIG vont être incapables d’assumer les CDS qu’ils ont émis et surtout face à une activité industrielle en plein effondrement on peut s’attendre à ce que les « forces de gauche » ne restent pas les bras croisés.

Quand les gens vont voir les licenciements se propager avec une rapidité exceptionnelle comme une onde malfaisante, la peur et le désespoir vont grandir. Face à un monde politique discrédité car incapable d’empêcher quoique ce soit, on va assister à une montée en force des syndicats. Entre deux manifestations, ceux-ci exigeront toutes sortes de mesures comme l’autorisation administrative avant licenciement ou le retour des taxes sur l’importation.

Il faudra trouver un bouc émissaire pour canaliser la colère et le sentiment d’injustice. Quelle sera la cause avancée ? Bien entendu la spéculation financière, dérégulée et portée par des investisseurs, nantis, avides de profits, insensibles à toute forme de solidarité et toujours prêts à échapper aux « justes » taxes en cachant leur patrimoine dans des paradis fiscaux.

Comme la plupart des gouvernements européens vont devoir financer des déficits grandissants, toutes les méthodes seront bonnes pour inciter les investisseurs à investir sagement dans des obligations gouvernementales réputées sans risque. On peut donc s’attendre à toute une série de taxes nouvelles sur les profits financiers (sauf ceux liés au financement des Etats) accompagnés d’une véritable chasse aux sorcières visant à effrayer les investisseurs désireux d’abriter leur patrimoine loin de l’enfer fiscal.

En ligne de mire, le centre financier européen le plus connu: le Luxembourg. Comptons sur les mouvements de gauche pour multiplier les manifestations dans ce pays. Les accusations seront tout à fait injustifiées mais on aura quitté depuis longtemps le domaine du rationnel. Avec toutes ses banques, sa population en apparence « aisée », ce petit pays deviendra le symbole du mal et il ne pèsera pas bien lourd pour empêcher le vote de directives contraignantes face à une population européenne en plein désespoir. Avant même que ces directives n’entrent en application, la plupart des clients apeurés auront fui.

En plus, on peut se préparer à des restrictions sur les flux de capitaux et à une intensification des contrôles douaniers aux entrées des autres pays offrant une fiscalité avantageuse.

A quoi ressemblera une dépression au 21ème siècle ?

Au fur et à mesure que les plans mis en place par les gouvernements apparaîtront comme inefficaces, la confiance va s’effondrer et entraîner avec elle toute idée de redémarrage économique. Une grave dépression va s’installer durablement aux Etats-Unis et dans une moindre mesure dans certains pays européens. La vie quotidienne et les modes de consommations des populations seront gravement affectés. Tentons d’énumérer quelques caractéristiques qui se développeront plus ou moins selon les spécificités des pays concernés.

Contrairement à la dépression de 1929, il n’y aura bien évidement pas de gens affamés et dévêtus dans les rues. En plus des services sociaux, les vêtements ainsi qu’une nourriture de mauvaises qualités et relativement bon marché ne devraient pas manquer.

- Des quartiers entiers, envahis par des squatters profitant des maisons vides sous le coup des saisies immobilières seront désertés par les derniers habitants. Les villes appauvries ne recruteront plus de policier face à une criminalité grandissante et on assistera à l’organisation de milices privées de plus en plus nombreuses.

- Les gens loueront plutôt que d’acheter leur logement. Ils seront prêts à occuper une petite place, au dessus du garage, chez des membres de leur famille. Les enfants retourneront vivre chez leurs parents ou grands parents et ils quitteront plutôt les villes pour trouver du travail à la campagne.

- Au quotidien les gens ne sortiront plus de chez eux, ne conduiront plus, ne partiront plus en vacances et passeront énormément de temps devant la TV. Ce comportement sera très négatif pour l’horeca. L’alcoolisme augmentera accompagné de violence domestique et de suicide. La natalité va s’effondrer. Les divorces diminueront car les couples ne pourront plus se permettre de se séparer. Les gens réduiront fortement leurs dépenses, garderont le plus longtemps possible les objets chers (voitures, meubles, etc.) avant de les remplacer. Ils se contenteront des petits plaisirs de la vie et se mettront à élever poules, lapins et cultiver leur petit potager.

- Les licenciements seront nombreux ainsi que les manifestations de rue. Les adolescents tenteront de faire des petits boulots pour aider leur famille. Jeunes et vieux vont se retrouver en forte concurrence sur le marché du travail. Ceux qui auront un emploi seront exaspérés de devoir payer des taxes pour les retraités qui seront pointés du doigt.

- Les urgences des hôpitaux seront prises d’assaut car les gens ne pourront plus payer les visites médicales. Bon nombre d’ONG feront faillite faute de donateurs suffisant

- On verra l’apparition de nombreuses monnaies parallèles telles que B.Lietaer les a décrites dans son excellent livre « The Future of Money ». Les réseaux d’échange d’heures de travail vont se multiplier.

Avant la fin de son mandat le Président Obama sera amené à diriger les Etats-Désunis d’Amérique ! Que ceux qui trouvent cela absurde fassent mentalement la liste des événements financiers qui se sont produits ces deux dernières années alors qu’ils les considéraient a priori comme impossible.

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Qui nous sommes, ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons.

mars 14, 2009 · Laisser un commentaire

Très beau manifeste de Hank Nest.

http://festivhank.blogspot.com/2009/03/qui-nous-sommes-ce-que-nous-faisons-et.html

Nous ne sommes ni des héros, ni des rebelles. Nous ne sommes ni des guerriers, ni des conquérants. Pour la plupart, nous n’imaginons même pas pouvoir tuer pour nous défendre. Pour la plupart, nous nous contentons de nous arrêter au bord du chemin pour mieux observer le troupeau qui défile. Nous ne prétendons incarner aucun idéal de perfection. Nous ne donnons pas de leçons.

Nous sommes païens, chrétiens, athées ou agnostiques, mais ce qui nous unit au-delà de nos – nombreux – points de divergence, c’est la conscience aigüe que notre peuple est programmé pour la disparition.

Nous ne sommes ni prosémites, ni antisémites. Ni pro-arabes, ni anti-arabes. Ni pro-chinois, ni anti-chinois. Ni pro-indiens, ni anti-indiens. Ni pro-africains, ni anti-africains. Nous connaissons et admirons, quand c’est légitime, les œuvres des uns ou des autres. Nous ne sommes ni racistes, ni antiracistes.

Nous ne reprochons à aucun peuple de vouloir s’imposer, à aucune culture de souhaiter s’étendre. Nous ne dénions à aucun peuple le droit, sinon le devoir, de prospérer et de bâtir sa légende par le sabre ou le livre.

En revanche, nous reprochons à notre propre peuple d’avoir renoncé à sa propre survie.

Nous croyons à l’histoire et au long terme. Nous croyons aux civilisations qui naissent, aux civilisations qui brillent, aux civilisations qui chutent. Nous savons que les vainqueurs d’hier peuvent être les vaincus de demain. Et inversement.

Nous ne croyons pas nécessairement à la supériorité intrinsèque de notre culture, mais réclamons le droit d’y croire, à l’instar de tous ces Autres qui portent des cultures auxquelles, par leur foi, leur vigueur, leur labeur ou leur détermination, ils insufflent la vie.

Nous réclamons à notre époque, à nos parents, à nos contemporains, que soit reconnue notre volonté de rentrer dans l’histoire, en tant que membres d’un peuple distinct, porteurs d’une culture distincte née de racines distinctes.

Et nous disons que si cette volonté n’est pas reconnue, que si le message dont nous sommes porteurs ne trouve pas d’écho dans la masse de nos semblables, alors nous disparaitront tous.

Nous serons rayés de la surface du globe, et tout ce qui fait ce que nous sommes sera piétiné, détruit ou jeté aux oubliettes. Nos statues seront défigurées, nos monuments rasés, nos livres brûlés ; le temps effacera jusqu’à notre souvenir, car d’autres auront rebâti et prospéré sur les ruines de nos temples, de nos maisons et de nos bibliothèques.

Et si d’aventure il se trouve un historien pour prendre notre défense ou se passionner pour les œuvres de nos anciens, il se trouvera aussitôt un million, un milliard d’âmes pour lui rappeler que nous étions les méchants, et que nous avons mérité la mort.

Car c’est ainsi que les autres nous voient. Et c’est ainsi que la soldatesque du système nous présente à nous-mêmes et présente nos ancêtres aux jeunes générations. Comme les méchants coupables de tous les crimes de l’histoire. Colons, esclavagistes, génocidaires, collabos, fascistes, racistes, la liste est longue ; voilà ce que nous sommes. Voilà tout ce que nous sommes, prétend le système.

Mais nous ne marchons plus dans la combine. Nous refusons ce portrait factice et partisan, pour plusieurs raisons.

D’abord, parce que nous ne voulons pas mourir.

Ensuite, parce que nous savons qu’aucune grande civilisation n’est vierge de massacres, de pillages, d’injustices et de brutalités diverses. Parce que nous savons, nous qui croyons à l’histoire, que nous n’avons pas le monopole du colonialisme et de l’esclavagisme, et que ceux-là mêmes qui nous donnent des leçons n’ont que rarement le courage de jeter un regard critique sur les charniers qui émaillent leur propre passé.

Finalement, parce que nous savons que nous ne sommes pas seulement la peine et l’asservissement. Nous sommes aussi la grande philosophie. Nous sommes la grande littérature. Nous sommes des explorateurs, des navigateurs, des scientifiques, des artistes. Nous sommes d’immenses généraux. Nous sommes une foultitude de paysages, d’hommes, de femmes et de pensées multiples qui sont autant de versants de la liberté. Nous sommes une histoire plurimillénaire riche et complexe qui prend ses bases dans l’Antiquité. Nous sommes tant de vastes choses que nul ne saura nous résumer en un livre, pas même en dix.

Aussi ne croirons-nous plus ceux qui prétendent dresser un portrait accablant de notre peuple en cent cinquante pages à peine.

Et c’est pourquoi, humblement, nous écrivons ce que nous écrivons. Pas par plaisir. Pas par égotisme, mais parce que nous sentons que cela doit être fait. Ce n’est pas une mission divine, ce n’est pas une gageure, c’est simplement ce que nous faisons dans l’espoir qu’un jour, nous n’ayons plus à le faire.

Quand nous écrivons, par exemple, que les peuples occidentaux sont appelés à disparaitre, remplacés peu à peu par des peuples plus prolifiques, plus vivants et plus humains, cela ne nous procure aucun plaisir, car nous ne mettons aucune idéologie derrière ce froid constat. La conviction que nos rares descendants, puisque nous n’assurons plus notre renouvellement par les naissances, seront soumis au bon vouloir de ces futurs maîtres que nous appelons aujourd’hui minorités visibles ne nous fait pas sourire. Nous ne nous réjouissons pas à l’idée qu’une probable guerre couchera côte à côte dans la glaise et le sang nos fils et les leurs.

Mais puisque nous souhaitons rentrer dans l’histoire, nous savons au fond de nous que cela ne se fera pas sans sacrifices. Nous en sommes effrayés, bien entendu ; ils mentent ceux qui prétendent qu’ils sont prêts à monter à l’assaut dès demain. Et puis, à l’assaut de quoi ? Nul ne saurait le dire avec précision. C’est bien pour ça qu’il est si facile de se prendre pour un combattant sur internet : ça n’engage à rien.

Il n’est pas à exclure, cependant, que le courage naisse au fond des estomacs les plus incertains ; face au choix entre la soumission et le combat, l’instinct de survie nous poussera peut-être à des extrémités que nous n’imaginions pas jusqu’alors…

Long est le chemin, mais si nous l’arpentons, c’est pour ceux qui viendront après nous.

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DéMondialisation acte UN : appauvrissement et retour à la terre

mars 10, 2009 · Un commentaire

Fin de l’époque Post Moderne aux USA.

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Tents are reflected in a puddle at a homeless tent city March 4, 2009 in Sacramento, California. The tent city is seeing an increase in population as the economy worsens and more people are becoming unemployed and having their homes slip into foreclosure. (Justin Sullivan / Getty Images)

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Karen Hersh, an out of work truck driver, cleans her tent at a homeless tent city March 4, 2009 in Sacramento, California. The tent city is seeing an increase in population as the economy worsens and more people are becoming unemployed and having their homes slip into foreclosure.

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Newly homeless couple Tammy Day (R) and her husband Keith Day wait for their dinner to cook at a homeless tent city March 4, 2009 in Sacramento, California. The tent city is seeing an increase in population as the economy worsens and more people are becoming unemployed and having their homes slip into foreclosure.

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A suivre ici :

http://www.sfgate.com/cgi-bin/object/article?f=/g/a/2009/03/06/Tent_City.DTL&o=1

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Plus les sociétés deviennent inégalitaires, plus elles sont attachées à la diversité

mars 5, 2009 · Laisser un commentaire

Entretien avec Walter Benn Michaels, auteur de “La diversité contre l’égalité” (Raisons d’agir, février 2009).

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Marianne2.fr : Pour vous, le débat sur la diversité masque l’accroissement des inégalités économiques?
Walter Benn Michaels :
Oui. Au cours des 30 dernières années, les pays comme la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Canada sont devenus de plus en plus inégalitaires, économiquement parlant. Et plus ils sont devenus inégalitaires, plus ils se sont attachés à la diversité. C’est comme si tout le monde avait senti que le fossé grandissant entre les riches et les pauvres était acceptable du moment qu’une partie des riches sont issus des minorités.

Vous considérez qu’il s’agit d’un écran de fumé et qu’il est délibérément mis en place. Pourquoi et par qui?
Non, il n’y a pas de complot ici. Je pense que les gens se sont de plus en plus attachés à un modèle libéral de justice, dans lequel la discrimination — racisme, sexisme, homophobie, etc. — est le pire de tous les maux. Si ça marche, c’est à la fois parce que c’est vrai — la discrimination est évidemment une mauvaise chose — et parce que ça ne mange pas de pain— le capitalisme n’a pas besoin de la discrimination. Ce dont le capitalisme a besoin, c’est de l’exploitation.

Vous expliquez que la diversité ne réduit pas les inégalités, mais permet seulement de les gérer. Que voulez-vous dire?
Eh bien, il est évident que la diversité ne réduit pas les inégalités économiques. Si vous prenez les 10% de gens les plus riches (ceux qui ont en fait tiré le plus de bénéfices de l’explosion néolibérale des inégalités) et que vous vous assurez qu’une proportion correcte d’entre eux sont noirs, musulmans, femmes ou gays, vous n’avez pas généré plus d’égalité sociale. Vous avez juste créé une société dans laquelle ceux qui tirent avantage des inégalités ne sont pas tous de la même couleur ou du même sexe.

Les avantages en termes de gouvernance sont assez évidents, eux aussi. L’objectif du néolibéralisme, c’est un monde où les riches peuvent regarder les pauvres et leur affirmer (à raison) que personne n’est victime de discrimination, leur affirmer (tout autant à raison) que leurs identités sont respectées. Il ne s’agit pas, bien sûr, de les rendre moins pauvres, mais de leur faire sentir que leur pauvreté n’est pas injuste.

Vous allez même plus loin puisque vous expliquez que le combat pour la diversité a partie liée avec une logique néolibérale. Pourtant il a existé des convergences, que vous évoquez dans le livre, entre luttes économiques et revendications portées par des minorités. Pourquoi ces convergences ont-elles disparu aujourd’hui?
La convergence que vous évoquez entre la lutte contre la discrimination et le combat contre l’exploitation n’était qu’une convergence temporaire. Ainsi, par exemple, aux Etats-Unis, les Noirs radicaux se sont battus à la fois contre le racisme et le capitalisme. Des gens comme le Black Panther Bobby Seale ont toujours estimé qu’on ne peut pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, mais par le socialisme. Mais avec l’ère du marché triomphant débutée sous Reagan et Thatcher, l’antiracisme s’est déconnecté de l’anticapitalisme et la célébration de la diversité a commencé. Bien entendu, il n’y a rien d’anticapitaliste dans la diversité. Au contraire, tous les PDG américains ont déjà eu l’occasion de vérifier ce que le patron de Pepsi a déclaré dans le New York Times il y a peu: « La diversité permet à notre entreprise d’enrichir les actionnaires ».

De fait, l’antiracisme est devenu essentiel au capitalisme contemporain. Imaginez que vous cherchiez quelqu’un pour prendre la tête du service des ventes de votre entreprise et que vous deviez choisir entre un hétéro blanc et une lesbienne noire. Imaginez aussi que la lesbienne noire est plus compétente que l’hétéro blanc. Eh bien le racisme, le sexisme et l’homophobie vous souffleront de choisir l’hétéro blanc tandis que le capitalisme vous dictera de prendre la femme noire. Tout cela pour vous dire que même si certains capitalistes peuvent être racistes, sexistes et homophobes, le capitalisme lui-même ne l’est pas. Si dans les années 60 les Black Panthers pensaient qu’on ne pouvait pas combattre le capitalisme par le capitalisme noir, aujourd’hui, dans la crise économique actuelle, des gens comme Yazid Sabeg espèrent qu’on peut sauver le capitalisme grâce au capitalisme « black-blanc-beur ».

Vous ne semblez pas être un fervent partisan de la politique de discrimination positive telle qu’elle est menée actuellement aux Etats-Unis. Que préconiseriez-vous afin de rendre moins inégalitaire le système éducatif américain ?
Ces quarante dernières années, les étudiants des universités américaines ont changé, et de deux façons. Premièrement, ils se sont beaucoup diversifiés. Deuxièmement, ils sont toujours plus riches. Cela signifie qu’alors que les universités américaines se sont autoproclamées de plus en plus ouvertes (à la diversité), elles se sont en réalité de plus en plus fermées. Ça ne veut pas seulement dire que les jeunes issus de milieux modestes ont du mal à payer leur scolarité, ça signifie aussi qu’ils ont reçu un enseignement si bas de gamme dans le primaire et le secondaire qu’ils n’arrivent pas à passer les examens d’entrée à l’université.

Donc, la première chose à faire lorsqu’on décide de mettre en place une politique de discrimination positive, c’est de le faire par classes et non par races. La seconde — mais de loin la plus importante — chose à faire serait de commencer à réduire les inégalités du système éducatif américain dès le primaire. Tant que ça ne sera pas fait, les meilleurs universités américaines continueront à être réservées aux enfants de l’élite comme le sont, pour l’essentiel, les meilleures grandes écoles françaises. Même si, bien sûr, vos grandes écoles ainsi que vos universités les plus sélectives, puisqu’elles sont gratuites ou bien moins chères que leurs homologues américaines, apportent un avantage supplémentaire aux riches — c’est une redistribution des richesses, mais à l’envers.

Barack Obama est présenté, en France, comme un produit de la discrimination positive. Comment interprétez-vous sa victoire électorale et l’engouement qu’elle a pu susciter ?
Sa victoire, c’est le triomphe totale de l’idéologie néolibérale aux Etats-Unis, le triomphe de la diversité et en même temps celui des marchés. Ce n’est pas un hasard si des économistes démocrates conservateurs comme Larry Summers ou Tim Geithner sont ses conseillers les plus proches. Si ce que vous voulez, c’est sauver le système économique néolibéral de la crise, c’est une bonne chose. Nous savons tous que l’administration Bush était trop distraite par ses lubies impérialistes du XXe siècle pour s’apercevoir que Wall Street avait plus besoin d’aide que l’Irak. Obama ne fera pas cette erreur. Mais si vous voulez que le système change fondamentalement, ne comptez pas sur les Démocrates. Du point de vue de la justice économique, Obama, c’est juste un Sarkozy noir. Bien sûr, ce n’est pas un problème pour Sarkozy, mais c’est un problème pour tous les gens qui se disent de gauche, qui aiment Obama et pensent que l’engagement dans la diversité dont il est le produit va également produire une société plus égalitaire.

Le thème central de La diversité contre l’égalité, c’est qu’ils se trompent ; la diversité est au service du néolibéralisme, et non son ennemie. Ce n’est pas une adresse à Sarkozy — il sait déjà qu’une élite diversifiée est une élite plus heureuse, plus autosatisfaite. Cela s’adresse à la gauche, à ceux qui préfèrent s’opposer au néolibéralisme, plutôt que l’améliorer.

Source : Marianne2.fr (le titre et le chapo ont été rédigés par la rédaction de l’Observatoire du communautarisme)

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4ème de couverture :
A la télévision comme dans les entreprises, au Parti socialiste comme à l’Elysée, à Sciences Po comme à l’armée résonne un nouveau mot d’ordre: Vive la diversité ! Avec l’élection de Barack Obama, le bruissement s’est changé en clameur. Désormais, chacun devrait se mobiliser pour que les femmes et les “minorités visibles” occupent la place qui Leur revient au sein des élites. Mais une société dont les classes dirigeantes reflètent la diversité a-t-elle vraiment progressé sur le chemin de la justice sociale ? A cette question jamais posée, Walter Benn Michaels répond par la négative. La promotion incessante de la diversité et la célébration des ” identités culturelles ” permettent au mieux, selon lui, de diversifier la couleur de peau et le sexe des maîtres. Sans remettre en cause la domination qui traverse toutes les autres : celle des riches sur les pauvres. A l’aide d’exemples tirés de la littérature, de l’histoire et de l’actualité, ce livre montre comment la question sociale se trouve désamorcée lorsqu’elle est reformulée en termes ethnico-culturels. Plus fondamentalement, il s’interroge sur l’objectif d’une politique de gauche: s’agit-il de répartir les inégalités sans discrimination d’origine et de sexe, ou de les supprimer ?

Biographie de l’auteur :
Walter Benn Michaels est professeur de Littérature à l’université de l’Illinois à Chicago.

http://www.communautarisme.net/Plus-les-societes-deviennent-inegalitaires,-plus-elles-sont-attachees-a-la-diversite_a1036.html?PHPSESSID=8d305f81f783d06a8d3876f20adf9319

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Back to the roots, les jardins de la Victoire

mars 4, 2009 · Un commentaire

En 1943, Eleanor Roosevelt a planté un potager dans les jardins de la Maison Blanche, incitant les américains à revenir au “Jardins de la Victoire”, si populaires lors de la Première Guerre Mondiale. Plus de 20 millions d’americains bêcherent alors leur gazon et à la fin de l’année, la production de légumes s’étaient accrus de 40%.”

The Economist de cette semaine cite un groupe de pression qui plaide auprès d’Obama pour qu’il plante à son tour un Jardin de la Victoire et montre l’exemple à la nation.

http://www.economist.com/displayStory.cfm?story_id=13185476

Intuition sur les difficultés economiques qui s’annoncent ou prise en compte d’un appauvrissement qui se généralise?

victorygarden

En Europe et au Japon, les jardins ouvriers se redeveloppent à grande vitesse, témoignant d’une difficulté croissante à acheter les produits alimentaires de base et une méfiance vis à vis des légumes industriels.

Mais au delà, ne peut on y voir un signe de réenracinement dans le réel, dans le local?

N’est ce pas un signe concret de la fin des illusions du XXème siècle, ou le consommateur occidental allait consommer des tomates peruviennes et des pommes de terre russes et transformer son jardin en un vert gazon et ainsi detruire, comme à travers les délocalisations, son outil de subsistance?

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