Journal 2020-2080

La prospective ou la recherche d’un avenir disparu

octobre 10, 2009 · Un commentaire

Les astrophysiciens nous expliquent que pour comprendre le monde physique qui nous entoure au présent, et qui demain évoluera, il faut savoir se plonger dans le passé. Remonter le temps jusqu’au « Big Bang » c’est-à-dire quelque 13,7 milliards d’années serait le plus sûr moyen de percer le mystère de la matière et de son évolution. D’où un « Hubble » qui, depuis une orbite terrestre, et déjà une quinzaine d’années,  tente inlassablement de saisir dans son télescope des images et de la lumière émise , il y a si longtemps et qui vient de si loin, qu’elles révèlent  un morceau  de la « soupe primitive » de l’univers. D’où , sous terre, à la frontière entre la France et la Suisse, l’installation d’un accélérateur de particules géant , censé par collisions de protons lancés à très grande vitesse nous rapprocher des conditions du « Big Bang ».


Les sciences humaines, à peine de déclassement, se doivent d’observer la même démarche : saisir le temps présent des hommes, le sens de ce qui se fait ou de ce qui se défait, de ce qui se noue, ou de ce qui se dénoue, suppose que l’on comprenne le fonctionnement des ensembles humains. Et pas seulement des ensembles humains présents mais des ensembles humains de toujours. Il n’y a de science que dans l’universalisable disait Kant, alors comprendre le temps présent des hommes, c’est comprendre « la soupe primitive  humaine» c’est-à-dire les sociétés les plus reculées, qu’on appelle encore les société primitives. Et c’est bien sûr comprendre comment elles se sont transformées, comment elles se sont plongées dans le futur pour aboutir jusqu’à nous, hommes du présent.  Et comprendre notre façon de nous repérer dans le temps aujourd’hui  passe par les façons dont nos ancêtres se sont eux même posés la question de l’appropriation du temps.


1) La machinerie humaine et le temps


Sur la base du critère temps , sur la base de la durée, il semble bien que depuis la « soupe primitive » plusieurs étapes aient été traversé : celui de la négation du temps et donc de tout futur ; celui de l’histoire et donc de la saisie du temps orienté depuis le passé vers le futur ; enfin celui de l’histoire qui en arrive à se passer de l’avenir en concevant un futur complètement écrasé sur le présent.


1      la « soupe primitive » ou le présent écrasé par le passé.


La première étape correspond à celle de la « soupe primitive » où tous les hommes sont exclus du pouvoir politique en ce que celui ci dépend entièrement des dieux. Le système cosmogonique est tel que ce dernier fonctionne comme un logiciel duquel il est impossible d’en sortir. Les hommes sont ainsi privés littéralement d’histoire. On dit qu’il s’agit de sociétés hétéronomes.  On verra que la postmodernité qui nous anime renoue partiellement avec l’idée d’hétéronomie. Notons que du point de vue du temps, ce mode d’organisation de l’humanité en tant que dépendance envers l’invisible est bien évidemment une dépendance envers le passé : le présent est écrasé par le passé, s’explique tout entier par le passé. Les hommes reçoivent des dieux leur ordre social lequel devient aussi intangible que la cosmogonie qui enveloppe le monde. Les hommes habitent une maison qu’ils ne peuvent aménager eux même et donc transformer. L’idée de changement et donc  de construction d’un futur n’a littéralement aucun sens. On l’a compris l’idée même de prospective n’a aucun sens.


2     le monde idéologique ou le présent écrasé par le futur.


La seconde étape correspond à celle de la civilisation, c’est-à-dire une période qui débute il y a un peu plus de 10000 années. L’humanité entre dans l’histoire car le monde devient progressivement une œuvre humaine : il existe un pouvoir politique directement issu de la religion et ce pouvoir politique est chargé de construire un ordre humain censé correspondre à des volontés divines. Le temps prend de l’épaisseur et il existe un futur à construire (se préparer à une bonne vie pour l’au delà) à partir du présent. Ce type de monde est déjà bien différent du premier car si les hommes restent des marionnettes, le marionnettiste n’est plus directement l’au-delà, mais un groupe d’hommes censé représenter une volonté divine. Un débat possible s’introduit chez les hommes : le marionnettiste est- il le véritable envoyé des dieux ? C’est précisément cette question qui produit une humanité entrant  dans son âge historique avec assez clairement une vision d’un temps orienté depuis le passé vers un futur à construire. Cette seconde étape fait entrer l’humanité dans son âge historique mais pas dans son âge autonome. Car il existe à l’intérieur de l’étape historique une sous étape que l’on qualifie de modernité et qui correspond à une grande rupture, celle qui va consister à affirmer que l’ordre humain avec  les événements qui s’y déroulent est en fait une construction simplement humaine. Il n’y a plus ni  marionnettiste ( on lui coupe la tête) ni marionnette, il y a simplement des hommes qui se prennent en charge à partir de ce qu’ils croient être la raison, et raison qui va aussi simplement laïciser les grands récits religieux en grandes théories de l’histoire (marxisme par exemple). C’est que les  grands récits religieux deviennent  aussi l’exigence rationnelle de la construction d’un paradis, cette fois, terrestre. Avec  l’autoproduction de la société se dessine le grand mythe du progrès dont l’outil s’appelle développement économique. Concrètement c’est avec le siècle des lumières que l’économie jusqu’ici étroitement surveillée va prendre son essor : cela s’appelle la révolution industrielle.


C’est au fond l’âge de la société idéologique. Le mot « progrès »- grande invention de l’occident- est lui même un concentré parfait de ce qui va se mettre en place : il est  écart positif entre un temps présent et un temps futur.


Dans cette seconde étape de la civilisation, le temps est nettement orienté et l’idée même de progrès implique que le présent ne se confond pas avec le futur. Le présent est simplement le moment de la préparation d’un futur enviable et ce même si ce même présent est parfois exécrable : la guerre sera finalement joyeuse car c’est bien évidemment la dernière. Le futur est un avenir radieux et ce d’autant plus qu’il est possible de le maitriser. La forme concrète de l’autoproduction de la société s’appelle planification, laquelle utilise déjà des démarches prospectives qui, par essence, vont bien au delà de la prévision.  Cette phase est aussi celle où ce n’est pas le futur qui  s’écrase sur le présent mais l’inverse : le présent ne se conçoit que par rapport à un futur. Cela suppose une épargne élevée pour un investissement élevé. Comme disent les économistes les choix inter temporels privilégient le futur car la probabilité d’avoir raison de lui accorder une  grande confiance est forte. Bref le présent se plonge avec délice dans le futur. Il est aussi le délice du débat politique lequel, par essence, concerne les orientations  et changements à concrétiser dans le futur. Débattre, c’est discuter au présent de la construction du futur. Et ces discussions s’enclenchent sur les grandes croyances de la modernité : conservatisme, libéralisme, socialisme, croyances qui ne sont rien d’autre que des orientations futuristes et programmatiques. Bien évidemment plus il y a débat politique et plus le présent se trouve comme absorbé par le futur.


3    Le postmodernisme ou le futur écrasé par le présent.


La troisième étape de l’humanité nait de ce qui semble devenir un fort questionnement : « où est passé l’avenir ? ». Cette question  est celle que Marc Augé pose dans son dernier ouvrage, ou que Pierre André Taguieff abordait déjà en 2000 dans son idée « d’effacement de l’avenir ». Elle est aussi celle plus récente-abordée autrement-  de Daniel Innerari dans « Le futur et ses ennemis ».


Au niveau de la planète toute entière, le temps présent absorbé par le futur concernait le grand débat géopolitique de l’après seconde guerre mondiale : libéralisme et socialisme sont devenus- après 1945- un débat tellement chaud qu’il en devient guerre froide. Ce questionnement s’arrête net avec la chute du mur de Berlin, chute qui devient coupure : le futur enkysté dans le présent est évacué au terme d’une intervention chirurgicale. Et cette intervention concerne d’abord celle des esprits : Puisque la tyrannie est définitivement évacuée et que partout dans le monde existe désormais la démocratie et le libre marché, alors il est enfin possible de vivre au présent. Le socialisme (la grande idée qui faisait des hommes les constructeurs d’un « futur merveilleux ») n’est plus, et le capitalisme (qui n’est pas à construire mais dont les principes de fonctionnement produisent du « progrès permanent ») n’a plus à se justifier, il est donc possible de vivre au présent. Nous avons la thèse  de «  la fin de l’histoire » d’un certain Francis  Fukuyama. Thèse qui annonce au fond la fin de la société idéologique, la fin des grands récits laïcs, eux même issus des grands récits religieux. Dans le même mouvement, les restes des grands récits religieux s’évanouissent. Bien sûr il n’est plus question d’interroger la religion comme principe d’organisation de la société et la foi devient affaire complètement personnelle, ce qui revient à dire qu’elle se retire complètement du débat politique et, ne participe aucunement à la construction d’un quelconque futur. Et les mouvements, tels ceux dits de « réislamisation » ne doivent pas faire illusion : il ne s’agit que d’une résistance désespérée – d’où son caractère parfois violent- face au tsunami de la fin des grands récits.

Résumons-nous. l’humanité est passée d’un présent écrasé par le passé (les société primitives), à un présent écrasé par le futur (les sociétés historiques ou idéologiques), et enfin à un futur écrasé par le présent (le monde d’aujourd’hui qu’on appelle aussi « postmoderne »). Nous verrons d’ailleurs que ce dernier monde dont le présent écrase le futur présente aussi la particularité d’écraser le passé. Le monde des humains serait aussi devenu  hors-histoire.


Il ne s’agit pas ici de recenser et d’expliquer en détail  les forces qui ont façonné le temps des hommes dans leur histoire. Par contre il semble intéressant de décrire, sinon expliquer le champ de forces qui au sein de la postmodernité ont fait imploser le temps pour le ramener à l’instant présent.

) Le  postmodernisme et la disparition de l’avenir : ses manifestations concrètes.

1   Le « monde enchanté » par le marché.


Le marché comme principe d’organisation de la société vient de vaincre la société despotique et son idéologie. Ayant apporté la preuve de  son efficience, son emprise peut ainsi s’accroître dans l’ensemble de l’espace social. Il en devient même le logiciel comme les cosmogonies étaient le logiciel des sociétés primitives. De ce point de vue l’économie et le marché correspondant fonctionnent comme les religions primitives : il n’y avait pas à interpréter l’au delà, ce dernier s’imposait lourdement dans les gestes des hommes comme aujourd’hui le marché est le guide des postmodernes. De fait il n’est guère besoin d’aller beaucoup plus loin dans le raisonnement : de la même façon que les hommes de la « soupe primitive » ne questionnaient  pas le monde « enchanté par les Dieux », les postmodernes s’en remettent au marché et lui confient la quasi-totalité de leur vie. Le travail devient un prix comme un autre, la retraite est déterminée par les mystères de la finance de marché, l’emploi est fixé par le prix et le volume des ventes, etc. nous retrouvons la marionnette et le marionnettiste. Mais le marionnettiste à lui-même largement disparu. C’est qu’à priori ayant quitté la société idéologique, celui qu’on appelait jadis le prophète, le représentant terrestre des forces de l’au-delà, ou plus récemment l’homme politique n’a plus de raison d’être : la politique peut devenir simple affaire de gouvernance donc de simple management. Jadis, l’ennemi soviétique imposait une autocritique et donc un débat sur les réformes à mener pour mieux résister à l’hostilité de l’autre. Et cette résistance faite de projets et d’actions justifiait encore le politique et une certaine vision du futur. La disparition de l’autre change tout , le marché n’a plus à se justifier : il est. Simultanément, il n’y a plus besoin de sens et, le politique qui en faisait son carburant peut lui aussi disparaître pour devenir simple administrateur du marché : le grand mouvement de managérialisation de la société peut enfin commencer.


2   Le politique absorbé par le marché
.


Le marché se comporte comme les gaz et tend à occuper l’espace le plus grand possible. Les résidus de la vieille société idéologique, par exemple l’Etat-nation jusqu’ici contenant d’un contenu appelé à l’époque de la modernité, démocratie, deviennent   scories encombrantes. il s’agit de ne plus enfermer les capitaux dans des espaces monétaires nationaux devenus trop étroits. Bretton- woods et ses acteurs éminents, tels un John Maynard Keynes doivent laisser la place à la libre circulation des capitaux , à la parfaite convertibilité des monnaies et à une finance de marché complètement autorégulée. Cet élargissement consacre- un peu plus encore-  la fin du politique et la contestation des marionnettistes : désormais le vote, dans le parlement virtuel, des investisseurs et des prêteurs sur les marchés   financiers, l’emporte nécessairement sur le vote politique des citoyens d’un espace devenu trop provincial. Effectivement le marionnettiste devient simple manageur de la bonne gouvernance, et les partis politiques deviennent des « partis de l’entreprise ». Gagner durablement les élections suppose de se plier – comme tous les hommes- à la logique implacable des marchés. D’où l’impression parfois très « droitière » des partis réputés de gauche et très « gauchiste » des partis réputés de droite. Le vrai marionnettiste est devenu  le système lui-même, et son outil opératoire, c’est-à-dire le système  des prix. Sans doute l’ordre des prix est-il une invention humaine, au même titre que les cosmogonies de la soupe primitive. Mais comme les cosmogonies, l’ordre des prix est une extériorité radicale sur  lesquels les postmodernes n’ont aucune prise : ils doivent lire les cours dans des ordinateurs, pour se faire une idée du temps économique, comme les hommes de la soupe primitive consultaient le ciel, pour se ménager la clémence des Dieux.


Mais le vrai marionnettiste  est aussi devenu le système lui-même dans cette autre externalité qu’est l’ordre juridique : la loi n’est plus politique et se déplace dans le champ de la norme. Les partis politiques devenus « partis de l’entreprise » acceptent ainsi le lent passage du monopole de la « hard law » ( la Loi) vers celui plus concurrentiel de la « soft Law » (la norme internationalement acceptée). La politique est bien absorbée par le marché, et si jadis elle ne s’élaborait pas à la « corbeille », elle est devenue « gouvernance » en s’en approchant.


3   L’homme délié dans l’océan des prix.


La grande avancée du marché ne résulte pas uniquement de l’implosion de l’ordre despotique concurrent, il résulte aussi de la société idéologique de  l’époque de la modernité. Le grand récit concernant l’irrésistible épanouissement des droits de l’homme, est fait aussi en occident d’une distribution massive de « droits- libertés » et de « droits- créances »  . Libérer les hommes c’est aussi les détacher des vieux liens ou aliénations de l’antique société holiste qui se prolonge encore dans la modernité. Si les hommes se doivent de devenir  autonomes pour quitter définitivement le champ de l’hétéronomie, il faut les libérer de toutes les contraintes, de toutes les autorités et de toutes les aliénations.  Cette libération est, en contrepartie , fondamentalement  une œuvre de dé liaison : les droits sont plus importants que les devoirs, et le rapport à autrui se modifie. Parce que soucieux de mes droits le regard porté sur l’altérité évolue dans un sens intéressé. Les droits consacrent l’émergence de l’homme souverain, qui conçoit  de plus en plus souvent son rapport à autrui sous le registre de l’intérêt. Les rapports entre les postmodernes deviennent plus spontanément marchands, et consacrent ou confirment ainsi le grand marché, qui est le logiciel véritable de la société. Naviguer dans l’espace des prix  au milieu des marchands devient la forme branchée de l’échange social chez les postmodernes. Déjà, dans le monde réel, distractions et délassements se consomment dans des centres commerciaux, tandis que dans le monde virtuel,  des moteurs de recherche habiles permettent de « diminuer le prix du meilleur prix ».


Cette dernière évolution vient altérer une contestation possible du logiciel. Jusqu’ici, en raison même de son histoire, l’occident était et reste peut-être encore la seule civilisation capable de se critiquer de l’intérieur. D’où, par exemple, une pensée dite « socialiste » censée être critique du logiciel. Mais l’apparition de « l’homme délié » courant dans le labyrinthe des prix de marché, retire bien des forces à la critique. Le postmoderne, parce que délié, ne peut que plus difficilement envisager, ou mieux, construire  un projet collectif susceptible de le conduire, d’un état vers un autre jugé plus désirable. Construire un projet devient un investissement coûteux, alors que l’urgence, exige de ne pas se laisser noyer par le marché : il vaut mieux apprendre à nager que de construire une embarcation commune. Et ce d’autant plus que le marché peut réserver de très agréables surprises : il devient tellement omnipotent et omniprésent, qu’il finit par en oublier les « sous jacents » c’est-à-dire la production toujours plus laborieuse que le simple échange.  la finance  devient ainsi préférable à la mécanique ou la culture du riz.


La dé liaison, avec ses avatar, peut mener asymptotiquement à l’inacceptable. Les excès  de droits – masques d’intérêts exacerbés-  peuvent jusqu’à faire disparaitre l’honneur. Dans l’ancien monde, les bandits et prédateurs contenaient leurs excès par des contreparties : la logique de l’honneur. Cela s’appelait : « vaillance », « loyauté », « largesse » , « courtoisie » , «  respect» . Autant de signifiants indicateurs de liens avec le reste de la communauté humaine, où le refus de les valider entrainait une auto-exclusion de la chevalerie. Le triste spectacle actuel de versements de bonus financiers astronomiques  à des banquiers sur le produit des prélèvements publics obligatoires (plan Paulson par exemple) est un signe fort de décomposition sociale. Et décomposition d’autant plus forte que le fait n’est que faiblement dénoncé. L’absence de réactions,est plus grave que le fait lui-même puisqu’il aboutit à ce que l’infâme puisse se parer de dignité.


Dès lors on comprend aisément que se met progressivement en place la machine à privilégier le présent  et à dévaloriser le futur.


4  Naufrage des capitalistes et émergence des rentiers et fondés de pouvoirs.


La toute puissance du marché , avec son corollaire qu’est le politique impuissant, favorise tout d’abord l’émergence d’un capitalisme sans capitalistes. Marx, grand prévisionniste sinon grand prospectiviste, avait déjà senti que le capitalisme dans son mouvement ascendant en viendrait un jour à « expulser les capitalistes ». Par cette expression, il entendait qu’un jour les décideurs de l’accumulation du capital ne seraient plus les propriétaires mais de simples manageurs, tandis que les propriétaires seraient devenus de simples rentiers, très éloignés des usines. Force est de reconnaître que ce temps annoncé dès 1860 est arrivé. Ce qui ne veut pas dire qu’il est hégémonique.


Il est arrivé puisque dans nombre d’entreprises, parmi les plus grandes, ce sont de simples salariés qui sont aux commandes, et tentent de produire de bons résultats trimestriels, eux même bons signaux pour les marchés qu’il s’agit d’épater. Mais être aux commandes et produire de la valeur c’est souvent-plus simplement- produire des écarts de cours ou de valeurs, ou bénéficier d’écarts produits par d’autres. Il en est de même du rentier qui  a perdu tout lien avec un quelconque métier. Parce que lui aussi complètement délié, il ne relie plus son avenir à un investissement qui plonge une activité dans un futur : il ne veut pas investir mais spécule sur les investissements d’autrui ou sur ce que d’autres pensent des investissements d’autrui. La valeur est ainsi produite en dehors de la durée, est acquise immédiatement, alors que jadis elle était consommatrice de temps : celui de l’investissement, celui de la production, enfin celui de l’échange. A noter- à titre de simple remarque- que la fin de l’industrie, et avant elle, celle de l’agriculture au profit du secteur des services, ont beaucoup réduit l’espace entre le présent et le futur. L’avènement du monde du service précipite davantage la postmodernité vers le cœur  de son logiciel c’est – à -dire le marché : dans la plupart des services, la séparation temporelle- production présente pour consommation future- disparait et la production ne se distingue plus de la consommation.


Les capitalistes sont devenus rentiers et sont souvent remplacés par des joueurs qui surfent sur les marchés ; Parce que l’on vit d’un écart de prix qui n’est plus valeur ajoutée construite dans le temps, alors celui- ci cesse d’exister. Ce qu’on appelle économie se conjugue beaucoup au seul présent. L’investissement disparait ou peut devenir simplement virtuel : les ménages américains connaissent une épargne négative et ne peuvent investir ; l’entreprise elle-même, rachète en Bourse ses propres actions- 19 milliards d’euros en 2007 pour les seules entreprises du CAC 40-  avec les profits générés et préfère ainsi,  les  miraculeux gains présents issus d’une différence de cours, à ceux futurs produits par l’investissement matériel.  Mieux, la logique de production de valeur, peut inviter les manageurs à démanteler des actifs industriels et à les vendre par morceaux : la somme des parties devenues indépendantes, étant plus valorisable que l’ancien tout. Il s’agit de développer les valeurs instantanées et d’instaurer le culte du « marked to market ».A la disparition de l’investissement correspond  celui du futur : les préoccupations de la vie ne se ramènent qu’à la bonne gestion du présent. L’irruption du crédit qui logiquement devrait construire l’avenir est détourné de ses objectifs en raison de la pression du présent.

Toujours aux USA, l’immense endettement privé est davantage affecté à la consommation, et donc à l’immédiateté de la vie, qu’à l’investissement réel.  Une telle opération revient à absorber les ressources de l’avenir afin d’en jouir immédiatement : le futur s’écrase sur le présent et ne peut se construire car pillé avant même son envol. La répartition du revenu national, ce qu’on appelle le partage de la valeur ajoutée, ne donne plus lieu à débat, puis à contrat dans une société désormais dépourvue d’une instance politique réelle. Puisque le vote virtuel des marchés financiers est hiérarchiquement au dessus des votes citoyens, la question débattue, à l’époque moderne de la répartition de la richesse, n’est plus d’actualité. Si maintenant les capitalistes devenus simples rentiers, lient leur destin à celui du manager, alors il est à craindre une pression plus forte sur les salaires au profit des dividendes. Et déjà le col bleu licencié de Général Motors retrouve un emploi chez Wal Mart pour un salaire divisé par deux, avec en prime,  la disparition d’une réelle protection sociale, qui est protection contre les aléas de l’avenir. Le cercle vicieux de l’emprisonnement du futur dans le présent se met en place : La pression croissante sur les salaires se reporte, sur une demande croissante de crédits, lesquels deviennent une immense bulle que l’on pourra suralimenter par la logique du « rechargeable ». Les rentiers peuvent davantage consommer en raison de la pression sur les salaires, et les salariés pourront eux aussi  consommer plus malgré des salaires inchangés. La contradiction ne pouvant être levée par la construction d’un futur issu de l’investissement, elle ne peut que se développer jusqu’au moment de l’explosion : la goinfrerie du présent  anéantit tout futur.

Dans la modernité classique la goinfrerie du présent existait sans doute déjà. Mais à l’époque, celle des 30 glorieuses, le politique pouvait encore imposer l’idéologie du progrès, et si les différents groupes soucieux se révélaient plus gourmands que ce qui était autorisé par la taille du gâteau, la contradiction s’évanouissait dans une inflation des prix , et ce sans retarder ou diminuer l’investissement, promesse d’agrandissement futur du gâteau. Dans la postmodernité récente, l’inflation n’est plus que celle des actifs qui ne se transforment  qu’insuffisamment en  investissements. D’où l’idée de « bulle » qui elle-même ne fait que refléter la préférence du temps présent sur le futur.


5  Tempête sur l’océan des prix  et « sauve qui peut mimétique ».


Puisque l’on produit davantage de valeur en produisant un écart de prix qu’un travail qui ne produisait qu’une simple valeur ajoutée, les prix de marché qui naviguaient en eaux calmes à l’époque de la modernité vont désormais connaitre le déchainement du présent : les prix  reflétant moins des coûts économiques de long terme, et davantage des prises de position spéculatives, peuvent connaitre des fluctuations éprouvantes pour ceux des acteurs de l’ancienne économie, celle qui construit pour demain et souhaite travailler sur un sol robuste. Chaque jour les « barils papiers » de pétrole impulsent un échange virtuel d’un milliard d’unités , alors que les barils physiques ne comptent que 85 millions d’unités : il vaut mieux être trader pétrolier à Genève qu’ingénieur sur une plateforme de forage arctique. Les fluctuations permanentes et considérables dans l’océan des prix de tout ce qui est moyen de production de base, font que l’on navigue par gros temps et que la fermeture des écoutilles importe davantage, que l’observation attentive de la boussole. Plus simplement exprimé, les prix ont cessé d’être des guides de bonne conduite, des balises qui permettent de rejoindre un port choisi au terme d’une délibération d’équipe: ici encore le présent l’emporte sur le futur.


Les techniques classiques de l’assurance ne disparaissent pas dans le nouveau monde et devraient logiquement s’adapter au nouveau contexte. Et ces techniques, comme toujours, ont pour objectif, sinon de construire directement le futur, tout au moins de le rendre accessible, et de se protéger des risques associés à l’action. Mais le paradigme de la postmodernité financière n’est pas celui de la modernité industrielle.


La marée montante du marché engloutit les vieilles économies aux structures encore hiérarchiques et, désormais le « buy » l’emporte sur le « make » ,et ce même dans les industries les plus sensibles. Cette marée se fait puissante en raison des nouvelles efficiences qui en résultent, mais se fait aussi lourde de risques : l’effet « aile de papillon » rôde sur l’ensemble. Sans doute la logique du « buy » gère t’elle plus mal- comme nous le rappelle Christian Morel, dans son ouvrage :« Les décisions absurdes », les problèmes de qualité et les risques systémiques qui lui sont associés. Toutefois les risques assurantiels liés à cette forme particulière de l’homme délié dans l’océan des prix, est encore gérable avec les techniques statistiques : les risques de défaut sont encore évaluables en termes de probabilités puisqu’ils ne sont -au plan mathématique- que le produit de risques individuels. La montée du marché et de l’homme délié, ne remettent pas en cause les techniques assurantielles lorsque pour l’essentiel son champ d’application reste industriel : le futur reste accessible.


Mais lorsque la logique du « buy » entraine des opérations de sous-traitance à l’infini dans l’industrie financière, la logique assurantielle n’est plus de mise et le futur comporte des dangers désormais non évaluables. C’est qu’ici le risque de défaut global n’est plus un simple produit de défauts de parties. Le risque sur un titre financier n’a pas la nature d’un défaut d’alésage sur une soupape : il s’agit d’un défaut qui est contagieux et se propage à l’ensemble par un phénomène de panique, et donc de comportement mimétique. Chacun voulant s’en sortir…. précipite tous, y compris lui-même. Le risque systémique chez les postmodernes n’est pas analysable avec des courbes de Gauss comme nous le dit Nassim Nicholas Taleb dans son ouvrage :« Le Cygne noir, la puissance de l’imprévisible ». Et le régulateur ultime, celui qui peut empêcher le développement de la panique, ou l’arrêter (l’Etat) ayant quitté les lieux depuis longtemps, rien ne peut conjurer le naufrage collectif. Comment envisager des prévisions, comment arrêter des plans, envisager une attitude prospective quand le futur, par essence non maitrisable, n’est pas non plus assurable ? Telle est la grande détresse du postmoderne.

3) Reconstruire la boussole et la pendule.


Comme nous l’avons écrit dans « la crise globale des années 2010 et le secteur social et médico-social » la grande crise que allons traverser est peut-être une catastrophe prometteuse. La promesse étant un changement de système ou ce que les spécialistes du vivant comme ceux des sciences humaines appellent une « bifurcation ». Cette dernière intervient dans tous système qui  connaissant trop de déviance par rapport à  sa stabilité ne parvient pas à retrouver l’équilibre et se voit connaitre une profonde réorganisation. C’est-à-dire au final un changement de système.


1     La crise ou le choix du scénario de la bifurcation systémique.


Nous disions dans le texte précité que les moyens mis en œuvre -colossaux aujourd’hui et astronomiques au cours de l’année 2009 – seront probablement insuffisants pour résorber la crise que le monde va connaitre. Un scénario de succès serait même contre performant car il ramènerait le monde dans sa situation de pré crise  autorisant le renouvellement – à terme- d’une crise encore plus dévastatrice. Il vaut mieux donc,  ne pas examiner, et ne pas espérer de retours sur investissements des fonds injectés, et accepter la déroute c’est-à-dire la bifurcation.


Au fond les dits moyens, sont déjà une démarche prospective puisqu’il s’agit de construire l’avenir alors même que l’on croit , ou l’on espère  encore , sauver  les goinfreries du présent, et en quelque sorte maintenir le système hors du temps. En réalité, comme il faudra probablement « boire la tasse jusqu’au bout », on se rendra compte, à l’issue de son absorption que le monde en sera changé et peut-être même quasi volontairement. C’est que « boire la tasse » va entrainer des modifications institutionnelles qu’il faudra bien prendre, évidemment,  sous la menace d’une catastrophe potentielle, économique et sociale, d’une ampleur jusqu’ici inconnue par l’humanité. La principale d’entre elle étant – comme nous le disions dans le texte précité-la sortie de son grenier de la planche à billets, c’est-à-dire le financement sans limites des trésors nationaux devant impérativement réamorcer, la ronde des échanges à grands coups de dépenses publique pharaoniques. Cela suppose la fin de l’indépendance  des banques centrale.  Et déjà le retour d’un politique qui en ce domaine avait été très volontairement – y compris avec zèle – évacué.

Insistons bien ici sur le fait que les décisions  concernant le retour du politique dans la gestion de la monnaie ne seront pas prises de gaieté de cœur, que le retour de l’Etat dans la gestion macroéconomique n’est  nullement souhaité  par ceux qui pourtant  prendront les décisions y conduisant. Encore une fois il ne s’agit pas de construire le futur, mais bien de maintenir un présent jugé indépassable. Car, curieusement, le postmoderne -faut-il le répéter- est un personnage qui a cessé de croire -comme son ancêtre moderne -qu’il peut construire le monde, et, puisqu’il en est ainsi, il croit sérieusement que rien ne peut être entrepris  contre la  logique indépassable du  marché. En cela il rejoint bien le pessimisme de l’habitant de la « soupe primitive » c’est-à-dire le prisonnier des cosmogonies et des mythes.


Ce qui veut dire que reconstruire la boussole et la pendule est probablement un projet fort complexe. Le retour d’un politique complètement inattendu pourra -il prendre racine, et redonner au monde un sens aujourd’hui disparu ?


2    l’après crise ou le choix de ré enchâssement de l’ordre du marché dans la société.


Les développements antérieurs nous ont permis de constater que l’écrasement du futur sur le présent, et donc la perte de la boussole et de la pendule, s’explique par une économie en général, et sa composante financière en particulier,  qui est en quelque sorte sortie de ses gonds pour envahir et redéfinir la plupart des institutions traditionnelles des communautés humaines.


Il est donc évident que le retour inattendu du politique se doit d’être consacré à ce que l’on pourrait appeler la fin de la démesure de l’économie. Deux scénarios ou sous scénarios, peuvent être imaginés : celui de la création d’un espace public mondial ou celui du retour à la nation.


Le premier scénario correspondrait au fond à celui que Keynes avait un peu imaginé lors de la conférence de Bretton Woods. Il suppose de très difficiles négociations dans un monde, qui en termes de puissance,  est plus équilibré qu’en 1944 et donc un monde où les intérêts  des divers partenaires peuvent à la fois, être mieux défendus, mais aussi plus divergents. Ce premier scénario, car extrêmement difficile à mettre en œuvre, est donc relativement improbable.


Le second scénario correspond au fond à l’échec  du premier : il est solution de repli. Il est aussi solution d’évidence. C’est que la réappropriation de la politique monétaire par les Etats nationaux et la couverture de déficits pharaoniques par pure création monétaire entraineront mécaniquement des niveaux d’inflation très différents entre les différents pays. il en résultera mécaniquement plusieurs conséquences :


Tout d’abord des  modifications gigantesques de parités  monétaires, modifications mettant à mal, et par les mouvements de marchandises, et par les mouvements de capitaux, l’actuelle mondialisation. La dé mondialisation est en marche, ce qui ne signifie pas nécessairement le retour inéluctable au protectionnisme mais peut maladroitement y conduire.


En second lieu l’inflation, bête noire de la finance sortie de ses gonds, produira un  sérieux amaigrissement de la dette publique ,et donc une situation où le futur ne sera plus mangé par le présent.  C’est qu’une inflation durablement supérieure au taux de l’intérêt permet de rembourser – ou mieux de ne pas rembourser-  la dette. L’inflation est le moyen qui sera utilisé afin que les vivants d’aujourd’hui ne se goinfrent plus sur le dos des citoyens à naitre : le futur cessera d’être écrasé par le présent.


Toujours sur un plan strictement monétaire, l’inflation, parce que supérieure au taux de l’intérêt nominal, favorise l’investissement productif : l’entrepreneur authentique, celui qui innove, celui qui crée, est favorisé. A l’inverse le rentier est défavorisé. La création de valeur ajoutée est peut-être plus rentable que la production de valeur boursière obtenue par  des expédients qui relèvent plus du casino que de l’économie. Là aussi, le futur  renoue avec l’avenir, et cesse de s’écraser sur le présent.


Mais tout ceci est peu de choses, en ce sens que la solution politique de l’inflation ne fait que ré animer l’économie et le système de valeurs qu’elle a répandu dans la société, à savoir littéralement un monde dépourvu de sens depuis la fin des grands récits. Donc le maintien de l’homme délié dans l’océan des prix, avec toutes les conséquences précédemment exposées. C’est que le retour du politique, à la faveur de la crise, ne signifie pas encore la fin de l’hypertrophie des droits à consommer et la fin de l’irresponsabilité généralisée.


Ré enchâsser  l’économie dans la société suppose que cette dernière ne soit plus sous la domination de la matrice économique laquelle est, in fine,  conceptrice des attitudes et des représentations de la vie. Il est évidemment peu probable de voir renaitre les grands récits laîcs du 20iéme siècle.  Aujourd’hui la crise fait bondir les ventes de l’œuvre de Marx. Mais le prophète est  mort, et il ne reste que le grand théoricien du capitalisme.


Peut-on trouver à l’inverse des produits de substitutions ? Il semble bien qu’aujourd’hui, ré enchâsser l’économie dans la société, passe par la gestion de la contradiction entre la démesure de l’économie  et  la finitude du monde. L’homme délié continuera probablement à aimer la marchandise jusqu’à  s’en noyer. Pour autant, émerge doucement, l’idée que la marchandise n’est plus seulement le moyen d’assouvir   des désirs strictement individuels. Elle incorpore désormais une trace écologique qui n’a  rien à voir avec la traçabilité répondant à ces mêmes désirs. Cette trace fait qu’il y a désormais une dimension publique dans n’importe quel bien privé.


Alors que modernité et postmodernité s’annonçaient comme un processus de privatisation de la vie, la rencontre avec la finitude du monde risque de déboucher sur un mouvement inverse.  Processus déjà à l’œuvre sous la forme de nouveaux interdits- et à vrai dire inattendus mais qu’il faudra expliquer- dans le monde de l’homme délié : stricte limitation de vitesse sur les routes, développement des espaces interdits aux fumeurs, normes comportementales et environnementales, etc.


La prise en compte de la dimension publique des biens privés n’a sans doute pas la « grandeur » des cosmogonies, des religions et des grands récits laïcs, il n’empêche qu’il apparait aujourd’hui qu’elle est le possible élément susceptible d’introduire de la mesure dans la démesure.


La prise de conscience de la contradiction entre démesure de l’économie et finitude du monde autorisera vraisemblablement l’affermissement du retour du politique avec l’acceptation d’une « fiscalité verte », sans doute âprement négociée, mais mieux acceptée que les dispositifs fiscaux antérieurs rejetés par les postmodernes. L’homme devenu souverain s’accommodait de plus en plus mal  des systèmes fiscaux lourds et redistributifs, lourdement chargés des scories de la modernité ; d’où parfois le fantastique développement de niches fiscales aussi chargées, dans nombre de situations,  de protester contre le holisme ambiant. D’où aussi plus simplement la fuite des plus habiles vers un espace fiscalement moins disant. Ainsi pourrait-on passer progressivement à un système fiscal confirmant sans doute l’homme délié mais assurant néanmoins le vivre ensemble sur la base de la gestion de la contradiction entre démesure de l’économie et finitude du monde.


Solidarité réduite ? Sans doute, mais il semble difficile d’avancer dans une démarche prospective avec les yeux braqués sur le rétroviseur : ce que nous apprend l’histoire c’est d’abord le fait que toute situation nouvelle, l’est pleinement, même si elle s’explique par le développement de forces passées. Il sera plus facile de contenir l’économie, mettre fin ou limiter sa démesure,  que de revenir sur l’individualisation de la société. Mais en même temps les choses ne sont pas aisées, car encore une fois à examiner l’histoire, on se rend compte que ce  monde qui serait en émergence connaitrait une situation radicalement nouvelle. Le développement de l’efficacité instrumentale- elle-même liée à l’individualisation de la société : la liberté d’entreprendre – ne correspondrait plus à des atteintes portées à la nature, atteintes  qui avaient été jusqu’ici considérées comme négligeables. Jusqu’à présent, ou bien une société ne connaissait pas de dispositif d’accroissement de son efficacité instrumentale, et maintenait un équilibre de la nature, ou bien elle connaissait un dispositif d’auto-accroissement de cette même efficacité, et impulsait un désordre au sein de cette même  nature. Dans le premier cas nous avons l’ensemble des sociétés traditionnelles. Dans le second, nous avons le rameau occidental de l’humanité. Ce qu’il y aurait de nouveau aujourd’hui, et de radicalement nouveau, à l’issue de la crise, serait à la fois l’auto-accroissement de l’efficacité instrumentale, et le respect de l’ordre de la nature.  Cette conscience de nouveauté radicale nous invite à nous poser la question de la possibilité du développement dit soutenable. En d’autres termes n’y a-t-il pas une contradiction de termes quand on parle de développement durable ? Dit autrement encore : le développement durable est-il la nouvelle utopie ?


Il est sans doute pour le moment impossible de répondre à une telle question. Par contre le développement durable -parce que prise de conscience que la nature est potentiellement bien public mondial- sera probablement élément fertilisant à la prise de conscience d’un espace public mondial. Alors que la gestion future de la grande crise impulse une sourde dé mondialisation déjà en marche, la gestion de la contradiction entre économie et nature sera une force agissant en sens contraire.


3        L’après crise ou le choix de la promotion de la culture de l’immanence.


Boussole et pendule nouvelles ne structureront plus le mode des humains comme jadis, car encore une fois, il ne s’agit pas de reconstruire l’ancien monde mais de dégager les forces qui au final risquent de  structurer  celui qui est en devenir. Ré enchâsser le marché dans la société, mettre fin à sa démesure face à la finitude du monde, est un démarche finalement sécurisante. Il n’y  a pas si longtemps ,l’homme en voie de dé liaison, devait logiquement  payer le prix de  sa dé liaison en terme de sécurité, ce qu’il n’a pas fait, en construisant l’immense Etat providence de la période moderne. Là encore recherche de sécurité. Plus récemment, le même homme, désormais complètement délié,  et devenu grand pourfendeur  de l’Etat, revient vers ce dernier au moment de la grande crise. Et même les banquiers sont heureux de ses marques de sollicitudes. Là aussi recherche de sécurité. Il en a toujours été ainsi, et cela correspond à ce que les ethnologues appellent la « culture de l’immanence ». Dans la « soupe primitive » l’immanence consiste à refuser l’évènement en tant que fait, en tant que  circonstance inattendue ou imprévisible. Plus exactement ,tous les évènements que connaissent les hommes, sont directement interprétables par la cosmogonie : tout est expliqué et donc d’une certaine façon tout peut être conjuré. La sorcellerie peut probablement s’expliquer, au moins partiellement, sur la base de La culture de l’immanence. Cette dernière rassure et crée du lien social. Elle n’a jamais disparu et semble présentement , connaitre une promotion inattendue. C’est que l’homme délié, en contact avec un autre homme délié, se doit de sécuriser ses transactions intéressées.  Et si la culture commune se fait chancelante en raison même du processus de dé liaison, il convient de recréer de la sécurité. Si les hommes sont riches de droits et pauvres en devoirs, encore faut-il, pour faire société, qu’ils deviennent responsables. Nous avons là l’origine, et le développement fantastique de ce que nous appelions la « soft law ». L’homme délié est de plus en plus libre et contradictoirement de plus en plus emprisonné dans la foule des règlements, règles et autres normes qui l’enchainent progressivement. La loi, parce que politique parce qu’ exprimant un projet, se fait plus petite. La norme moins ambitieuse, ne cherche qu’à assurer pour rassurer ,mais tendra à réguler de façon probablement envahissante l’espace social. Nous vivrons probablement de plus en plus au sein d’espaces normés. Et les dispositifs assurantiels en tiendrons compte : puisque l’événement au 21ième siècle est tout aussi contesté que l’évènement chez les Dogons du Mali au 16ième siècle, il faudra bientôt prouver que mon hygiène de vie était dans la norme pour pouvoir bénéficier de la couverture santé en cas de maladie. La normalisation est la contrepartie de l’aventure individualiste.

Résumons-nous : le simple mouvement de la modernité était à lui seul porteur d’une probable disparition de l’avenir. Cette disparition concernait la période 1989- 2008, soit une vingtaine d’années. Il semble bien qu’aujourd’hui, à la faveur de la grande crise qui s’annonce, un certain renouveau de l’avenir s’esquisse. Et il n’est pas interdit de penser, voire d’espérer, que le terme de  production de valeur ajoutée viendra supplanter celui  de production de valeur qui ne s’adresse qu’aux seuls actionnaires. Le monde qui  correspondra à la période qui s’ouvre, ne sera pas chargé d’autant de sens que les mondes précédents : la boussole en sera assez imprécise. Pour autant il correspondra probablement à la fin des « orgies de l’instant » qui resteront la marque de cette période.

Le retour du politique sera essentiel- et a déjà été essentiel à l’automne 2008- pour la survie de l’ordre du marché, et donc de la civilisation qui lui correspond. Pour autant, il ne sera pas porteur de nouvelles grandes espérances – ce qui n’est pas nécessairement négatif, car historiquement, aux  grandes espérances correspondent  de grands crimes- et se contentera de tenter de préserver l’homme délié des forces naturelles qui menacent. L’espace public- même s’il tente de devenir espace public mondial- n’aura plus la légitimité qu’il avait à l’époque des grands récits religieux et laïcs. Il n’aura plus à exprimer un projet de société ni à protéger la société mais à en préserver ses membres  dans leur individualité. Ce travail de protection passe par un travail législatif qui n’est plus de l’ordre de la loi mais du simple règlement. Ce même travail ira dans le sens de la responsabilisation maximale des acteurs, ce qui pourra, peut-être, mettre fin aux enrichissements sans causes sérieuses, mais laissera de côté la question de ceux,  qui insuffisamment  armés , ne peuvent aisément  entrer dans un processus de responsabilisation.

Le blog de jean Claude Werrebrouck

http://www.lacrisedesannees2010.com/article-27571553.html

→ 1 commentaireCatégories : Non classé

« Si vous voulez voir Paris dans soixante ans, allez à Johannesburg”

septembre 18, 2009 · Laisser un commentaire

Lu dans Les Inrockuptibles :
Neill Blomkamp (réalisateur) : « Si vous voulez voir Paris dans soixante ans, allez à Johannesburg.”

QUI EST RESPONSABLE?

Qui est ou qui sont les responsables de la transformation accélérée de la France en un futur Liban, une Yougoslavie en devenir ou une Afrique du Sud d’ici 60, 45 ou 30 ans?

Alain Laurent désigne clairement les responsables de la destruction de l’unité sociale et sociétale de notre pays, dans son livre “La société ouverte et ses nouveaux ennemis” publié en 2008.

Le nouvel ennemi majeur de la société ouverte (Ch. 7)

Suite de la synthèse du livre d’Alain Laurent

En France, depuis les grandes grèves de 1995 « une virulente extrême gauche radicale (d’obédience principalement trotskiste et « altermondialiste) est progressivement montée en puissance en dénonçant bruyamment le capitalisme, le libéralisme, la mondialisation. » Cette extrême gauche protéiforme, selon l’expression de Revel, est ouvertement l’ennemie déclarée de la société ouverte

En effet, sa complicité avec les ennemis venus de l’extérieur, les « racailles » et son soutien à l’immigration incontrôlée, son refus de la laïcité prouvé par le soutien aux revendications de port du voile dans les institutions, son alliance historique avec l’islamisme lors du Forum social de Londres en 2003, qui fait que l’on parle maintenant « d’islamo-gauchisme », tout ceci prouve bien l’incompatibilité avec les valeurs d’une société ouverte. Besancenot mentionne dans son programme électoral de 2007 le retrait des troupes d’occupation d’Afghanistan et Bové évoque la régularisation de tous les « sans-papiers ».

Cette gauche révolutionnaire n’est pas l’ennemi le plus dangereux de la société ouverte car elle a peu d’influence sur les décisions gouvernementales.

A l’inverse d’un gauchisme révolutionnaire rien moins qu’angélique, la gauche « humaniste » ne prône ni ne pratique la violence.

Elle privilégie l’action psychologique et morale, autrement plus efficace auprès des autorités : l’indignation vertueuse, la protestation accusatrice, la culpabilisation qui joue sur le s registres du compassionnel et de la mauvaise conscience. Son coup de maître est qu’au lieu de rejeter la société ouverte, elle mobilise avec véhémence les valeurs d’ « ouverture », à savoir les droits universels de l’homme, la tolérance, l’hospitalité, le pluralisme, allant même jusqu’à proclamer la meilleure ou seule championne. Comment de larges pans de la société civile et les médias pourraient-ils à force ne pas se sentir en sympathie avec l’exhibition d’aussi bons sentiments ? »

Cette logique humaniste gauchisée interprétée de manière hyperextensive et hyperbolique pervertit les valeurs d’ouverture de la société ouverte. Et ceci se produit d’autant plus facilement qu’il existe dans 1a conscience politique française « un surmoi de gauche » selon la formule de Marc Fumaroli (et donc « un surmoi d’extrême gauche » pour la gauche) qui influence cette conscience et donc les décisions gouvernementales. Cette idéologie à prétentions « humanistes » « tient le haut du pavé, et les armes de destruction morale massive qu’elle brandit sont d’une redoutable efficacité : le droit-de-l’hommisme associé à l’immigrationnisme, l’ « anti-racisme » et le multiculturalisme.


« Sans-frontiérisme », « immigrationnisme » et « droit-de-l’hommisme »


Le projet humaniste tel qu’il est entendu partout et par tous

L’islam est forcément une religion d’amour, de paix et de tolérance à ne pas confondre avec l’islamisme et en vertu de la liberté religieuse, il faut « modifier le droit et l’organisation de nos sociétés » pour que les musulmans puissent se sentir acceptés et libres dans leur pays d’adoption et leur culte. « L’Europe ne doit pas s’ériger en forteresse assiégée ni se barder de murs de Berlin pour se protéger l’immigration africaine ou asiatique, laquelle n’est en réalité pas si massive que cela. » L’Europe bénéficiera ainsi d’un sang neuf qui lui fait cruellement défaut et cette diversité culturelle l’enrichira. La situation scandaleuse des migrants qui résulte de notre mentalité esclavagiste colonialiste et raciste doit cesser et donc l’immigration largement encouragée. Les jeunes dans les banlieues qui réagissent par la violence le font légitimement : ils sont humiliés par les policiers et le chômage qui sévit. « Lorsque leurs membres mineurs commettent des délits, ils méritent encore plus que d’autres d’être excusés. » Les Européens doivent activement manifester leur repentance en offrant des compensations à tous les descendants d’esclaves et colonisés. La diversité ethno-raciale doit être représentative dans tous les secteurs de la société.


Qui promeut ce projet humaniste (ouverture à l’islam conservateur et immigration alterculturelle de masse) ?

En France, cette idéologie est devenue une « idéologie nationale, au statut quasiment officiel : toute une nébuleuse d’associations défendent les droits de l’homme et les « causes » humanitaires. Un noyau dur composé de la plupart des organisations syndicales, d’une fraction notable de la magistrature syndiquée, de la grande majorité des enseignants, de l’établishement intellectuel (avec les grandes administrations), de la presse (plus de 80% des journalistes se classent à gauche) et enfin des « people » du show-biz, « friands de pétitions et d’exhibitionnisme militant. »

Comment négliger la place éminente des Eglises dans ce vaste lobby idéologique du « sans-frontiérisme » et de la campagne anti-islamophobie… Le conseil des églises chrétiennes ne cesse de promouvoir ses liens avec l’islam (contre la contraception et l’homosexualité ou contre les caricatures de Mahomet).

Le monde de l’entreprise lui-même : « son adhésion croissante, empressée même… (soucieuse de donner des gages de bonnes mœurs afin de restaurer son image auprès des jeunes générations bobo-gauchisées) a l’ardente obligation morale de promouvoir la « diversité », voire la « fierté d’appartenance » comme s’enorgueillit l’une d’elles, en pratiquant la discrimination positive. »

La conversion de la droite républicaine et libérale aux mots d’ordre de la bien-pensance est aussi très significative de ce rouleau compresseur idéologique. Sarkozy, qui fait l’apologie de la discrimination positive, (tout en s’en défendant) a soutenu le financement public du culte musulman et cautionné l’intégrisme de l’UOIF. Alain Madelin, libéral, dénonce aussi « l’anti-islamisme primaire » et le fait que « l’islamisme ne saurait être confondu avec l’islam ».
Pratiquer l’immigration illimitée est un devoir selon l’idéologie « sans-frontiériste ». Un impératif catégorique. Revel écrivait en 1995 : « un pays a le devoir d’accueillir et de garder en quantité illimitée de s étrangers dépourvus de permis de séjour, de logement, de ressources et de qualifications au moment où des millions de travailleurs non qualifiés déjà sur place ne trouvent pas de travail. »


Cette volonté à recevoir toute la misère du monde donne lieu à une contre partie de droits opposables

Droit à une vie meilleure, droit à l’Europe et aux visas, donc à la libre entrée sans seuil quantitatif ni contrôle puis à la libre installation; droit à la régularisation immédiate et donc droit au séjour continu même si le migrant ne trouve pas de travail ou commet des actes délictueux, droit à être pris en charge 1ogé, soigné, nourri, scolarisé.

Une telle « idéologie des droits » (François Furet) peut être qualifiée de droit-de-l’hommisme et le suffixe isme témoigne de l’inflation et de l’utilisation pervertie des droits de l’homme.

« Dans leur inspirée Déclaration originelle des droits de l’homme, les révolutionnaires français en avaient sagement distingués ceux-ci, à vocation universelle, des droits du citoyen procédant du droit du sol et propres à une société politique ouverte… Cette distinction fondamentale, le sans-frontiérisme l’abolit de fait en absorbant les droits du citoyen dans les droits universels de l’homme. »
Ces droits se révèlent être à sens unique, sans sanction ni obligation correspondantes. Ce sont des droits sur les citoyens historiques, sans fondements objectifs et basés sur un élan compassionnel subjectif et sur un sentiment de culpabilité imaginaire.
« Cette manipulation de la notion de droit sert de support et d’alibi idéologique à l’angélisme bardé de bons sentiments humanitaires qu’est le sans- frontiérisme. Tous les traits habituels d’une éthique de conviction devenue folle s’y mêlent sous leur visage le plus caractéristique : l’ « aveuglement volontaire » accompagné d’une irénique dénégation du réel où le recours lexical aux travestissements de la novlangue a une fonction essentielle, l’indignation soigneusement sélective, l’inversion des causalités, la « culture de l’excuse ».

L’irresponsabilité de cette idéologie sans-frontiériste a des effets ravageurs contre les sociétés ouvertes que dénonçait déjà Revel : « Exiger que l’immigration cesse d’être contrôlée ou même connue, surtout dans un pays à forte protection sociale, avec des budgets déjà en grave déficit, c’est rechercher la déstabilisation permanente de la société, 1 ‘abolition de l’Etat de droit, voire de la citoyenneté. » (Le Point, 22 février 1997) Effectivement cette vision prophétique de Revel se révèle parfaitement exacte dans les faits aujourd’hui. La persévérance de cette logique irresponsable prouve à quel point ces droits-de l’hommistes et sans-frontiéristes ne sont pas que des « idiots utiles » mais bien de « nuisibles pervers » qui œuvrent sciemment contre les valeurs de la société ouverte, en refusant des solutions réalistes au défi de l’immigration (« ce n’est pas elle en soi qui est 1′ennemie, bien sûr, mais l’immigrationnisme! »)


Le bras armé de l’ « antiracisme » dévoyé

« Droit-de-l’hommisme, sans-frontiérisme et immigrationnisme disposent d’une arme fatale pour imposer les dogmes de leur nouvel ordre moral aux pouvoirs publics et à la société française dans son ensemble : la lutte contre le racisme, désigné comme le facteur déterminant non avoué de la discrimination infligée aux issues de l’immigration et de 1a stigmatisation des cultures ou religions non occidentales. » La présomption de « racisme » s’est en effet étendue à toutes sortes de champs nouveaux et tout domaine est devenu sujet à présomption de racisme « .., les innombrables imputations de « racisme » maintenant faites à la laïcité, aux concours de recrutement sur base scolaire, à la langue française classique, la défense de la liberté d’expression… »

Qu’est-ce que le vrai racisme ?

Selon Alain Laurent, c’est une « notion qui entendait légitimement s’attaquer à tout ce qui tend à attribuer arbitrairement des caractéristiques naturelles péjorantes à une catégorie d’individus définis sur des bases bio-ethniques et dans une perspective déterministe et généralisatrice – afin de les inférioriser collectivement et les exclure. »
Ayn Rand : « Le racisme est la doctrine des brutes, conçue par et po r elles. C’est la version du collectivisme pour éleveur de bétail capable de différencier diverses races d’animaux, mais pas les animaux des hommes. » (Le racisme, septembre 1963)


L’extension abusive du soupçon de racisme est dénoncée avec force par l’ensemble de la pensée résistante. Elle était déjà dénoncée dès les années 1977 puis dans les années 1983-1993 par des auteurs extra-lucides (André Béjin et Julien Freund : « l’obsession anti-raciste »; Claude Lévi-Strauss dans Le regard éloigné : « mettre le terme [racisme] à toutes les sauces… »; Taguieff : « l’anti-racisme s’est idéologisé » dans La force du préjugé -Essai sur le racisme et ses doubles-; Finkielkraut dans La défaite de la pensée; Paul Yonnet dans Voyage au centre du malaise français -L’antiracisme et le roman national.)

« Mais rien y avait fait : le rouleau compresseur idéologique de l’ « antiracisme » a été le plus fort, écrasant sur son passage toute libre expression morale à ce sujet dans les médias et la société civile. »
Il s’agit d’une manipulation de la notion de racisme car le seul racisme qui est dénoncé est « celui des Européens ou des populations du tiers-monde ou qui en proviennent. » (Revel dans une chronique du printemps 1992). L’anti-racisme est par contre aveugle quand il s’agit de racisme antisémite qui s’est déchaîné dans certains quartiers en 2003-2005 ou de racisme anti-Blancs perpétré à la même période par des « blacks ». Car, selon les anti-racistes, « un Noir, par essence, ne peut être raciste ou soupçonné de l’être; cette tare indélébile n’appartient qu’aux Blancs » !

Contradictions et incohérences de cet antiracisme dévoyé

« Côté face, le terme de race est congédié puisque les « races » n’existent pas (exact au sens que lui donnent les vrais racistes). Mais côté pile, elles resurgissent en étant avalisées si jamais ce sont les adeptes du communautarisme « noir » qui s’y réfèrent ou s’il faut donner quelque contenu à la notion désormais sacralisée de « minorité visible » en instituant des statistiques ethniques, en réalité ethno-raciales puisqu’il y est demandé aux sujets d’indiquer leur « couleur de peau ».

Ce dévoiement a été orienté de façon consciente en vue de certaines fins précises
Tout d’abord, cet antiracisme permet à ceux qui le promeuvent de se situer dans le Camps du Bien. Mais plus profondément, il attribue un racisme doctrinal et métaphysique à tous ceux qui s’inquiètent et s’élèvent courageusement contre l’immigrationnisme et l’implantation d’un islam traditionnaliste peu compatible avec les valeurs occidentales.

France 2008

France 2009

Afrique du Sud 2008

→ Leave a CommentCatégories : 2009

Pour une place au paradis

août 16, 2009 · Laisser un commentaire

Le 11 juin 2034, la Direction de la surveillance du territoire (DST) retrouve la trace des frères Le Chenec… en Irlande par un SMS adressé à un activiste de la Cathédrale de Reims (Région II) : «Le groupe est bien arrivé. Je vous contacterai si j’ai besoin d’aide.» Depuis la reprise de l’Intifada dans les banlieues parisiennes, les policiers avaient noté une radicalisation des esprits dans le XVIe arrondissement de Paris et quand l’intervention militaire Turque en Grèce rallie, le 29 mars 2033, 70 000 manifestants à Paris, les Renseignements généraux repèrent «un groupe de jeunes du XVIe très engagés et virulents qui lancent des pierres sur les kébabs, brûlent des drapeaux turcs et algériens, et sont blackboulés d’une délégation à une autre, rejetés de partout».

Ils remarquent particulièrement les frères Le Chenec chemises blanches et cravates, portant ostensiblement une croix de bois en collier, sans savoir que l’aîné Charles étudie dans un institut catholique en Irlande et que le cadet Remi va lui emboîter le pas. Puis, ils les perdent de vue. Le SMS leur apporte la preuve que des catholistes français se trouvent en Grèce. Bientôt, la DST apprend que Remi Le Chenec, 19 ans, a été tué le 17 juillet 2034 lors de combats à Athènes, bombardé par les Turcs. A la même époque, son frère Charles, 23 ans, se fait attraper à la frontière albanaise, sans passeport.

Dans une petite cité tranquille du bassin de la Loire, leur soeur aînée Charlotte entrouvre sa porte, rajuste son foulard et cache sa croix et, debout dans l’encoignure, déverse sa colère contre les médias, la DST, les autorités françaises. Elle s’emporte contre les versions officielles : «Remi n’est pas parti en Irlande, mais en Turquie au printemps 2034 pour acheter des vêtements.» Elle ne porte pas le deuil de Remi, ne croit pas à sa mort, «tant que la DST ne nous délivre pas de certificat de décès». C’est dans ce coin du XVIe que la mère, les trois fils et deux filles Le Chenec sont arrivés en 1998 «tous habillés à la métisse». Après la faillite de son échoppe de restauration rapide à Versailles, Remi plus versé dans la boxe que dans les affaires, a vendu des vêtements sur les marchés avec son frère aîné. De Charles en détention en Irlande depuis huit mois, Charlotte dit que c’est «parce qu’il avait perdu ses papiers». Leur mère, partie à Dublin débloquer la situation, a retrouvé son passeport avec son visa, les a apportés à l’ambassade de France qui «ne fait rien pour récupérer mon frère», s’insurge Charlotte : «Charles étudie en Irlande depuis la fin 2030 pour mieux connaître sa religion. En France, vous appelez ça les écoles Catholistes, mais on y apprend aussi l’anglais, le droit, on peut en sortir ingénieur. C’est comme les écoles musulmanes ou les écoles laîques ici, sauf que pour les catholiques, il n’y en a pas. Elles sont interdites dans la région parisienne depuis 5 ans»

Sentiment d’exclusion

Quand la guerre éclate à Chypre en mars 2033, «la Croix rouge » (organisation humanitaire, ndlr) à Dublin explique aux étudiants que les Chypriotes ont besoin d’aide : plusieurs jeunes dont Charles y sont allés pour porter secours, pas pour combattre», raconte-t-elle. Au Grand Hôtel de Nicosi, les passeports de ces petits soldats de «l’humanitaire» auraient été «réquisitionnés». Et Charles interpellé une première fois sans papiers à la frontière sur le chemin de Nicosi, a été renvoyé en France. Après ce retour forcé à Paris, il se marie, travaille sur les marchés «pour payer son billet d’avion 60000 euros et ses études qu’il a laissées en suspens à Dublin car la bourse ne suffit pas». Charles Le Chenec repart au printemps 2004, avant l’accouchement de sa femme qui doit le rejoindre. Il est intercepté en partance pour la nouvelle terre de croisade. Toujours plantée sur le pas de sa porte, Charlotte jure le contraire, avec aplomb : «Ce n’est pas pour la croisade que mes deux frères sont allés là-bas.» Quand on évoque l’intégrisme ou le catholisme, elle tranche : «ça n’existe pas. Il y a une religion, chrétienne et un livre, la Bible, c’est tout.»

Née en France de parents de souche  et diplômée de français littéraire, elle ne parle que de rejet: «Je suis insultée dans la rue car je ne porte pas le voile depuis la loi sur la néolaïcité qui l’a autorisé à l’école. C’est une marche arrière car tout le monde a le droit d’aller au savoir. On nous considère comme des inférieurs.» Charlotte a démissionné de son emploi pour vivre sans hijab, refuse de le mettre comme le lui conseille l’ANPE. La benjamine, Sonia, a été exclue du collège public, puis scolarisée dans un établissement catholiste privé. «En France, dit Charlotte, on nous a d’abord appelés les souchiens, puis les porcs, les intégristes, les catholistes et maintenant les extrémistes, les terroristes.»

Pour le directeur des RG à Paris, Hamid Bourguiba, «les partisans du catholisme radical tirent partie du sentiment d’exclusion des jeunes des quartiers haram, ils appuient sur le fait que la société ne leur donne ni les moyens de réussir, ni l’accès à l’argent. Ils leur disent alors: “Ne cherchez pas à vous intégrer. N’oubliez pas que vous n’êtes pas français, mais catholiques. Retrouvez vos racines.” Ils jouent aussi sur leur sentiment de révolte par rapport aux Grecs, Belges et aux Grecs. Dans le XVIe, on a en plus la présence d’un référent religieux, Le Gall, qui puise son savoir dans l’intégrisme Pidouzien pur et dur de son beau-frère». (Libérassion d’hier). La DST a repéré «des contacts» à Paris entre ce prédicateur de 23 ans,Ronan Le Gall, et «les précurseurs, les frères Le Chenec», pour «envoyer d’autres extrémistes se former en Irlande pour se faire péter en Europe». Ces jeunes habitent autour de la même station de métro, Yannick Noah. Ils se connaissent du quartier et de la chapelle St Martin, rue Kadhafi.

Embrigadé en deux semaines

Aujourd’hui porté disparu en Irlande, Louis A., 22 ans, peintre en bâtiment d’origine corse, a été coopté l’été dernier par Le Gall à la salle de prières du foyer corse rue David-d’Angers. Il a basculé «très, très rapidement», selon son frère aîné Fabrice, 29 ans. Diplômé d’un BEP d’électronique, Louis travaillait «en clandé sur les chantiers» et sortait «d’une période de conneries» : «Du jour au lendemain, mon frère a voulu devenir curé. Il est très jeune dans sa tête, un peu paumé, ne parle ni n’écrit le latin littéraire, ne connaît pas la Bible. Il a ramené un CD-Rom de latin à la maison. Il voulait étudier sérieusement.» Fabrice a croisé plusieurs fois le mentor de son frère, Le Gall. «Entre le moment où mon frère a commencé à le fréquenter, à prier, à porter la croix, à ne plus se rendre ni au CEPMERVE (Centre d’éducation pour le métissage et le Respect du Vivre Ensemble ) ni à la mosquée ouverte, et son départ, il ne s’est passé que deux semaines.» Leur père n’a pas vu d’un mauvais œil Louis entrer dans la religion. Il pense comme d’autres parents que Dieu (le dieu des chrétiens ndlr)  dissuade de traîner, de voler, permet de ne plus être un «traitre», celui qui «tient les murs», comme on dit de ceux qui passent leurs journées adossés aux façades des HLM. Il a donc accepté que Louis parte en Irlande «étudier».

Le peintre s’envole le 17 juillet à Dublin avec un adolescent de 14 ans, Stéphane. Il promet de «rentrer dans deux mois». Une fois arrivé, il appelle son père pour qu’il lui envoie ses économies par un mandat de la banque Western Union. Et puis, plus de nouvelle. Depuis neuf mois. Le numéro de téléphone en Irlande qu’il a laissé à ses proches sonne toujours dans le vide. Fabrice veut lancer un SOS par la chaîne de télévision irlandaise Freedom TV. La DST a indiqué à la famille que «la présence de Louis a été signalée en Irlande». Son accompagnateur de 14 ans, Stéphane, a été arrêté à Dublin, lui qui devait réceptionner à l’aéroport le 25 janvier Boris et Igor, deux candidats au terrorisme du XVIe interpellés la veille de leur départ à Paris (Libérassion d’hier).

«Petite armée»

Fabrice en veut au prédicateur qui a entraîné son frère : «De cours de théologie, ça devient une petite armée» qu’on envoie à l’abattoir pour «la cause». Il redoute la mort de Louis. Trois garçons du quartier ont déjà été tués à Chypre. Remi Le Chenec mais aussi Francois Desouc, 24 ans, décédé le 17 septembre 2034 dans le «triangle chrétien» au nord-ouest de Nicosi et son pote de jeunesse Alain Viard, 19 ans, emporté le 19 octobre dans un attentat-suicide. Tributaires des renseignements turcs, les services français n’ont appris que fin janvier 2035 l’arrestation et l’incarcération, deux mois plus tôt, à Bruxelles de Fabrizio Montini, 19 ans, italien d’origine, et Peter Cardiff, 22 ans, deux combattants du XVIe, pas plus aguerris que les précédents.

A la petite chapelle St Martin, Bakary Sideon, 25 ans, et André Sidibé, 24 ans, tous deux médiateurs sociaux et fondateurs de l’association de jeunes Braves Garçons d’Afrique, n’ont «rien vu venir» de la transgression de ces deux jeunes catholiques passionnés de football. «Le petit Antoine Lauvergnat a fait un séjour en Irlande pour apprendre la Bible avec l’assentiment de ses parents, pour devenir quelqu’un. Pas pour sombrer dans l’extrémisme. Ça n’a choqué personne. Il est revenu plus serein, avec plus de connaissances, plus mûr comme s’il avait compris la vie. On était sûr qu’il n’allait pas tomber dans la délinquance. De plus âgés ont dû le travailler. Pour nous, c’est un échec total», confie Bakary Sidéon qui regrette de n’avoir pu «lui présenter une alternative à ce moment-là». Bakary confirme  cependant avoir prévenu le responsable politique local de la mosquée du XVIe.

Dans le cas de Peter Cardiff, parti lui aussi étudier en Irlande au printemps 2034, «c’est un changement soudain et brutal, les arrivants (convertis) veulent toujours plus prouver que les autres. Lui a vraiment été endoctriné», dit André Sidibé qui cherche aujourd’hui à dissuader un jeune Catho qu’il sait tenté à son tour par la guerre  «Tu as d’autres combats à mener en Europe, en France , au Auvergne, il y a la Crise, la famine, les batailles ethniques, ou aider ici des jeunes de notre pays. C’est ça la croisade, le combat du bien dans la vie quotidienne», lui explique-t-il. «Tous les mécréants iront en enfer, même mère Thérésa», lui rétorque ce garçon prêt à aller mourir en martyr en Grèce, à Chypre ou même à Bruxelles pour décrocher sa «place au paradis».

→ Leave a CommentCatégories : Année 2034 · Non classé

Les économies basque et occitane paient un prix très lourd face au conflit avec les Milices Islamiques de Provence

juillet 21, 2009 · 2 commentaires

«CE SERA oeil pour oeil, dent pour dent. La destruction répondra à la destruction.» La bravade de Kevin est prononcée du bout des lèvres : ce partisan chretien est entouré de collègues atterrés par l’ampleur des représailles. La Milice Islamique de Marseille a pilonné sans discontinuer le sud du Pays Basque depuis avant-hier, infligeant de lourdes pertes humaines et matérielles à une région majoritairement acquise au Parti Chretien. Le bilan provisoire était hier d’une cinquantaine de tués, dont quinze enfants. Une partie de la population de Biarritz tente de fuir vers Bordeaux  tant le souvenir de l’opération «Feu de la colère» (voir encadré) est vivace.

La télévision ne cesse de retransmettre les images de destructions : ponts, routes, villages partent en fumée. Le gouvernement n’est pas encore en mesure de fournir une estimation des pertes, d’autant plus dures à digérer que la plupart des infrastructures venaient d’être achevées, dans la foulée du retrait marseillais de mai 2050.

Mais l’offensive marseillaise est loin de se limiter au sud du pays et aux positions basques. C’est le sud de la France dans son intégralité qui est visé, comme l’a symbolisé le bombardement de l’aéroport international de Limoges. En organisant un blocus aérien et maritime, le Protectorat Islamique de Provence, soutenu par les fonds pakistanais et indonésiens, a porté un coup de massue à l’économie française tout entière.

Le choc est d’autant plus violent qu’il intervient au tout début d’une saison touristique s’annonçant excellente. Elle devait permettre au littoral atlantique de respirer à nouveau après une année 2055 particulièrement difficile, marquée par l’assassinat de l’ancien premier ministre, Rodolphe Antier, tué lors d’un attentat suicide à Saint Malo. Les festivals de Pau  et de Carcassonne ont tous deux annulé les spectacles prévus ce week-end qui devaient lancer la saison. Aman, la diva de la chanson métisse, devait se produire à guichets fermés devant 200 000 spectateurs pendant trois soirées d’affilée.

«Le timing est redoutable !» se désole Ludovic Boustani qui vient d’investir 400 000 globals dans une nouvelle plage au sud de Biarritz, un projet qui fait vivre une soixantaine de familles. «Nous commencions à peine à sortir la tête hors de l’eau, je suis très pessimiste», dit le patron d’une agence de publicité. Comme la plupart des Basques ou Occitans, il s’apprête à faire une croix sur le tourisme, véritable poumon d’une économie surendettée, tributaire des apports de capitaux extérieurs.

Les téléphones des hôtels ne cessent de sonner pour enregistrer des annulations de réservations. Et les étrangers et regionaux déjà fuient comme ils peuvent, par la seule voie de sortie praticable : la route de Bordeaux dont l’aéroport est intact ou, pour les plus pauvres, qui permet de rejoindre la Zone Autonome Bretonne. Plusieurs compagnies aériennes ont augmenté leurs vols vers la Suisse pour tenter d’absorber le flux des voyageurs. Le blocus provoque des mouvements de panique. «La moitié des employés ne sont pas venus aujourd’hui et nous prévoyons de fermer le bureau», témoigne la responsable de communication d’un grand groupe. «La garderie ne comptait que 15 enfants sur les 300 qu’elle accueille d’ordinaire», dit pour sa part une mère de famille.

«C’est incroyable, on est passé du jour au lendemain de l’insouciance à la guerre !» s’exclame un jeune homme qui contient difficilement sa colère contre le Parti Chretien Basque, accusé d’avoir entraîné tout le pays dans une confrontation contre le gré d’une grande partie de la population. Les files d’attente s’allongent devant les stations de biethanol qui plafonnent déjà les ventes à 15 globals, tandis que les supermarchés sont pris d’assaut pour assurer des provisions de denrées de première nécessité. Tout le monde est conscient de l’extrême vulnérabilité du pays. «Tous les jours, nous prenons livraison des cargaisons de trois ou quatre bateaux. Si le blocus dure, il va certainement perturber l’économie qui dépend à 80% des importations pour sa consommation», explique Khalil Fattal, président de l’un des groupes de distribution locaux.

L’électricité est l’autre préoccupation majeure. Depuis la décision de stopper toute production nucleaire (attentats de 2039, 2042, 2043), la situation financière désastreuse de la compagnie nationale EDF l’oblige à gérer ses stocks de combustible en flux tendu, ce qui signifie qu’elle risque de rationner le courant si l’accès des pétroliers est durablement bloqué. Quant au secteur privé, il dépend aussi des livraisons de fioul pour les générateurs particuliers indispensables à son activité. La Bourse de Bordeaux ne s’y est pas trompée. Elle a chuté de 10% hier. Le titre SALAMANCA, dont la flambée symbolisait le boom sans précédent de l’immobilier alimenté par les investisseurs du Golfe, est retombé pour la première fois depuis plus d’un an sous la barre des 20 globals.

→ 2 Commentaires Catégories : Année 2052 · Résistance

Dernier avertissement

juillet 15, 2009 · Laisser un commentaire

D’abord, parlons des choses sérieuses. Le G8 étant ce qu’il est, à la fois inutile, inefficace et parfois significatif pour le climat qu’il restitue, on y retrouve la “nouvelle peur” qui grandit, comme nous le notions hier, concernant une nouvelle catastrophe. WSWS.org le note, ce 9 juillet 2009:

«The stakes are high. Despite the best attempts by Berlusconi and other G8 heads of state to put the best face on the crisis and stress the significance of alleged “green shoots” of growth, the summit is dominated by the deepening financial crisis. »On the eve of the summit, British Prime Minister Gordon Brown declared that a second wave of the financial crisis was imminent, while World Trade Organization chief Pascal Lamy warned that “the worst of the crisis in social terms is still to come, which means that the worst of the crisis in political terms is still to come.”»

L’été est traditionnelement la meilleure periode pour acheter de l’or.

Profitez en. Vite.

→ Leave a CommentCatégories : Non classé

Comment détruire des pays par l’Amour et la Tolérance

juin 14, 2009 · Un commentaire

→ 1 commentaireCatégories : Non classé

Populistes contre Elitistes ?

juin 9, 2009 · 10 commentaires

Les recentes elections européennes ont  permis à nos valeureux journalistes de nous ressortir la menace de l’extreme droite.

Sauf que, à travers toutes l’europe, ces partis aux programmes differents (qui se rejoignent essentiellement sur l’arrêt de l’immigration de peuplement, la reindustrialisation de l’Europe et la fin de la course a la finançiarisation des economies européennes) sont parfois difficiles à amalgamer. Hors les courageux journalistes aiment l’amalgame, la simplification, la reduction, pour le bien du peuple qu’ils eduquent et informent.

Ainsi réapparait le mot populiste.

Definition :

Le populisme met en accusation les élites ou des petits groupes d’intérêt particulier de la société. Parce qu’ils détiennent un pouvoir, le populisme leur attribue la responsabilité des maux de la société : ces groupes chercheraient la satisfaction de leurs intérêts propres et trahiraient les intérêts de la plus grande partie de la population.

Donc le populisme a  tort. Les elites et les groupes d’interets particuliers ne dirigent pas nos sociétés, selon nos audacieux journalistes.

Pour leur clouer le bec, utilisons nous aussi le Verbe.  Populistes Vs Elitistes.

L’élitisme en France est l’attitude favorisant la formation d’une élite et l’accession des individus jugés comme étant les meilleurs aux postes de responsabilité en France. Il s’agit en ce sens d’une valeur républicaine qui se résume bien par devise révolutionnaire : La carrière ouverte aux talents, par opposition à une restriction par la naissance ; il fallait par exemple un certain nombre de quartiers de noblesse pour pouvoir être capitaine de corvette.

Les populistes (le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas, Philippe de Villiers en France, le parti du président Lech Kaczysnki en Pologne ou encore, en dehors de l’UE, l’UDCSuisse) . en

Les Elitistes : en France : UMP, PS, NPA, Europe Ecologie, Modem etc.

Sachons employer les arguments de l’adversaire.

Pour les gourmets, interview de JC  Camus au lendemain des Européennes  sur LCI  :

Jean-Yves Camus est chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques. Il travaille notamment sur les extrémismes.


LCI.fr : Qui sont ces partis populistes et d’extrême droite qui ont réalisé de bons scores aux Européennes ?
Jean-Yves Camus :
Tout d’abord, il faut bien différencier les partis populistes et eurosceptiques des partis d’extrême droite proprement dit. On les assimile trop souvent, à tort, au point de créer la confusion.

La science politique distingue ainsi  trois vagues de partis d’extrême droite en Europe après 1945 -le FN fait partie de la 3e. J’en ajoute désormais une 4e, celle des “droites radicalisées, xénophobes et populistes”. Ce sont des mouvements issus de la droite démocratique et qui en font  toujours partie. Ils ont simplement adopté un agenda plus dur sur les questions d’immigration, de multiculturalisme et d’identité nationale, avec un point commun : une défiance vis-à-vis de l’islam. On peut par exemple intégrer dans cette mouvance le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas, Philippe de Villiers en France, le parti du président Lech Kaczysnki en Pologne ou encore, en dehors de l’UE, l’UDC en Suisse.

Mais ces partis n’ont rien en commun avec des formations d’extrême droite pure et dure comme le British national party, néo-fasciste, antisémite et négationniste. C’est donc méconnaître le sujet de les classer dans la même catégorie et même contreproductif. L’exemple Geerts Wilders montre bien que les thématiques xénophobes peuvent prendre racine à l’intérieur des droites démocratiques.

“Abstention, conjoncture nationale, Turquie

LCI.fr : Comment expliquer cette percée, soit des partis populistes, soit de l’extrêmedroite ?
J.-Y. C. : Il y a plusieurs raisons. Tout d’abord, en Europe centrale et orientale, par un taux de participation extrêmement faible. Dans cette région, l’enjeu des Européennes est secondaire. Or l’abstention massive facilite l’expression des extrémismes politiques et des eurosceptiques, qui sont toujours très mobilisés. Ensuite, par des conjonctures proprement nationales : en Hongrie, par exemple, la coalition de gauche au pouvoir est totalement discréditée, au point que le Premier ministre a été contraint de démissionner.

Il y a également eu des incertitudes sur le contenu même de la géographie de l’Europe : doit-elle englober ou exclure la Turquie ?  Le sujet a été mis en avant par Geert Wilders, par la Ligue du Nord en Italie ou par le parti Ataka en Bulgarie, voisine de la Turquie. Il a fortement mobilisé. De son côté, si la question des flux migratoires a été secondaire en France, elle a revanche été très importante sous la forme du multiculturalisme. Silvio Berlusconi a ainsi affirmé que l’Italie n’était pas multiculturelle.

Enfin, il y a un réel problème de légitimité des instances européennes. Les citoyens estiment que la Commission européenne, non élue au suffrage universel, a trop de pouvoirs par rapport au Parlement. De même, le fait que le Parti populaire européen et le Parti socialiste européen trouvent très souvent des accords sur la plupart des sujets donne l’impression que le système est totalement verrouillé. Il y a sans doute eu une volonté de le faire tanguer. Malgré tout, les populistes et l’extrême droite, tout comme les altermondialistes et eurosceptiques de gauche, resteront marginaux dans le nouveau Parlement.

LCI.fr : Généralement, la crise économique profite également aux extrêmes
J.-Y. C. : Tout à fait. Mais paradoxalement, sur ce point précis, la crise a incité les Européens à favoriser les partis de gouvernement. On sait que l’on est installé durablement dans la crise. Et plutôt que voter pour des partis qui rejettent le système dans son ensemble et n’ont guère de chances de parvenir au pouvoir, on mise sur les capacités des gouvernements en place de trouver des solutions pratiques et concrètes. Et peu importe si la crédibilité de ces solutions est sujette à caution. Comme le modèle social-démocrate en crise, y compris auprès des classes populaires qui  étaient traditionnellement favorables aux socialistes, les électeurs ont donc fait confiance, dans la majorité des pays, à des partis de droite.

“Scores durables en Europe de l’Est”

LCI.fr : Les droites populistes et l’extrême droite peuvent-elles rééditer leurs bons scores lors de futures élections nationales ?
J.-Y. C. : En Europe de l’Est, ce ne sera pas uniforme. En Pologne, l’extrême droite semble définitivement marginalisée. Mais ailleurs, c’est probable en raison du manque de confiance dans les élites et de la corruption. En outre, l’intégration dans l’UE rend ces pays d’Europe centrale et orientale plus sensibles à la crise des pays de l’Ouest. Auparavant, sous le système soviétique, ils étaient épargnés. Il peut donc y avoir un sentiment de nostalgie. Mais comme il n’y a plus d’extrême gauche, voire de gauche, dans ces pays, le mécontentement s’exprime dans le populisme.

LCI.fr : Et en Europe de l’Ouest ?
J.-Y. C. : Aux Pays-Bas, Geert Wilders devrait rééditer sa performance. Pour le BNP, en raison du mode de scrutin au Royaume-Uni (ndlr : scrutin uninonimal majoritaire à un tour), ce sera très difficile. Les électeurs privilégieront le vote utile. Les seules élections où il peut percer, ce sont l’équivalent des municipales et les Européennes.

→ 10 Commentaires Catégories : Non classé

La France va indemniser les victimes de l’immigration de peuplement

mai 28, 2009 · 2 commentaires

Treize ans après leur arrêt définitif, la France est prête à indemniser les victimes des essais de peuplement.

En avril 2018, Paris ratifiait finalement le Traité d’interdiction complète de l’immigration de peuplement. Mais pendant 36 ans, la France aura accepté sur son territoire la venue de 19 millions d’immigrants.

Aujourd’hui le ministre français de la Défense, Hervé Korin, a confirmé que le plan sera doté d’une première enveloppe de 900 millions d’euros pour 2018 : “Il concernera à la fois les personnels civils et militaires de la Défense,  ainsi que les entreprises présentes sur les sites, mais aussi les populations civiles concernées, notamment celle qui vivait a proximité des quartiers sensibles.”

Les indemnités s’adressent aux 20 50 000 civils et militaires qui ont travaillé et vecu dans les 210 quartiers sensibles et aussi aux populations vivant près de ces sites.

Le projet de loi prévoit d’indemniser toutes les victimes ayant subie une agression, des menaces, des vols et violences  recensées par l’UnscaAAer, un comité scientifique de l’ONU.

En métropole, les essais ont eu lieu dans l’ensemble du pays.

Depuis longtemps les populations locales réclament des indemnisations:

“Notre environnement n’est plus sain dit ce marseillais, beaucoup de gens sont morts, notre santé s’est détériorée, nous avons droit à des compensations. “

La relance surprise des essais d’immigration par le président Sarmosi en 2015, après un moratoire de trois ans décrété par Luc Masse avait suscité un véritable tollé mondial, avant leur arrêt définitif.

→ 2 Commentaires Catégories : Année 2018

Filer à l’anglaise : exode massif de Grande Bretagne

mai 28, 2009 · Laisser un commentaire

Mass exodus from UK

Friday, May 15, 2009

Catherine Deshayes

New research has found that a whopping 11 million Brits are thinking of taking a job overseas within the next two years – a significant dent in the population – and a fifth of those would choose a new life down under…

Britain is experiencing the greatest exodus of its own nationals in recent history while immigration is at unprecedented levels, new figures show.

In 2007, 207,000 British citizens – one every three minutes – left the country and currency specialist Foreign Currency Direct has revealed that one in four working Brits are now looking to leave the country for sunnier climes and better job opportunities.

More British live abroad than any other nationality and the levels of emigration are now the same as those seen in the late-1950s when the £10 Poms left for Australia.

An increase in tax levelled at high wage earners coupled with rising UK unemployment is thought to be partly behind the mass exodus.

The research found that men are almost twice as likely as women to opt for a job overseas and moving abroad was most popular with Brits aged between 18 and 30 and also those in the 51 to 60 age bracket, perhaps seeking a better lifestyle for their retirement.

With the number of unemployed in Birmingham higher than in any other major UK city, people living in the Midlands are subsequently the most likely to look for a job overseas – 17 per cent of them compared to just 13 per cent in Wales and the South West.

The majority of people planned to head for a country with a warmer climate, more days of sunshine and those that were English speaking.A fifth of people named Australia as their top choice; one in six selected the USA and one in ten chose New Zealand. Canada was also a popular choice.

Peter S. Ellis, Chief Executive of Foreign Currency Direct, said, “As people struggle to find jobs, it is no wonder that Brits are considering bailing out the UK.

“In the last year, Foreign Currency Direct has seen an 37 per cent increase in the number of clients transferring funds to Australia and the USA as Britons look overseas for a better quality of life.”

Love note – not only could you enjoy a better lifestyle in Australia, but your relationship could be happier too – divorce rates are just 40 per cent in Australia compared to 70 per cent in the UK.

Deux raisons sont données : les taxes et le chomage. Mais l’hauteur du texte le dit lui même, ce ne serait que des explications partielles.

La raison principale : le white flight.

→ Leave a CommentCatégories : 2009 · Non classé

La croissance pour tous est une illusion : La tiers-mondisation de la planète est en marche.

mai 4, 2009 · 14 commentaires

La croissance est devenue l’Arlésienne qui alimente toutes les conversations, des couloirs du pouvoir aux cafés du commerce… Faut-il y croire? Sera-t-elle en V W ou L? Tous les Diafoirus de l’économie se penchent sur la moribonde et préconisent des remèdes de cheval. Quant aux sans-voix-au-chapitre, ils se consolent en imaginant qu’«avec la crise l’égalité sociale a fait un grand bond, car tout le monde devient plus pauvre !» (F. Ménager). Ils n’ont pas complètement tort. La croissance subit en fait une mutation inhérente à la globalisation dont M. Chossudovsky avait déjà identifié la nature en 2003: la tiers-mondisation de toute la planète.

Le mythe du progrès universel nous rend aveugle

A nos yeux, le progrès universel, mesuré par la croissance des richesses et le transfert des connaissances et des technologies, est le primum movens du bien-être des sociétés. Ainsi avons-nous converti les pays sous-développés en pays en voie de développement (PVD) grâce à un simple coup de baguette idéologique. La vision néolibérale, qui ne voit pas de tiers-monde dès lors que tout le monde serait soumis aux mêmes règles, a contribué à masquer cette tiers-mondisation.

De même que nous avons été incapables d’anticiper le démantèlement du bloc communiste, nous n’avons pas vu venir le double mécanisme d’une tiers-mondisation des pays développés et d’une renaissance du Tiers Monde. Les tierces nations réécrivent l’Histoire sur de nouvelles fondations économiques. Certaines vont même jusqu’à recoloniser les terres d’Afrique et exploiter leurs matières premières ! On peut lors comprendre le sanglot de l’Homme Blanc  face à cette redistribution brutale des cartes en pleine crise mondiale. La remarque de M. Merle — «notre désarroi vient précisément de ce que les valeurs que nous avons exportées nous sont aujourd’hui renvoyées en pièces détachées» — n’a jamais été autant d’actualité.

La Tiers-mondisation est une seule et même logique à l’œuvre, à tous les niveaux, dans le monde actuel tout entier

Le concept de Tiers Monde, créé par Alfred Sauvy en 1952, ne peut plus se réduire aux stéréotypes d’un militantisme datant des années soixante. En 1989, Sauvy lui-même remit en question sa limitation aux pays les plus pauvres, parce qu’«elle fait oublier la diversité croissante des cas». Zweyacker souligne que «Le développement n’est pas [uniquement] un problème du Tiers Monde [...] Il s’agit d’une seule et même logique à l’œuvre, à tous les niveaux, dans le monde actuel tout entier… ».

Coincés dans des modèles de l’après guerre, les pays du Nord se tiers-mondisent lentement. Le marché financier n’est plus en phase avec les réalités industrielles et la crise aggrave la dissociation entre développement économique et réformation du tissu social. Ce n’est pas là un simple mal fonctionnement, ni une extension du Quart Monde, car il y a paupérisation du système social dans son entier. Ce n’est pas là non plus l’effet transitoire d’une restructuration qui permettrait au Nord de mieux profiter des lendemains qui chantent.

Le Tiers Monde, lui, se développe sur le mode occidental dont il est encore l’otage. Cela induit des bénéfices secondaires, mais seulement pour une fraction de sa population. Les pays du Tiers Monde vont continuer à se tiers-mondiser en raison de la dégradation de la solidarité traditionnelle, de l’urbanisation et son corollaire la désagrégation du tissu rural, la concurrence entre PVD, l’exacerbation des tensions ethniques et religieuses, et la surpollution de l’environnement.

La tiers-mondisation est en marche


Pour s’en rendre compte, il suffit d’analyser la situation des pays occidentaux à l’aune des critères qui définissent le concept de Tiers Monde.

1. La dépendance économique
Des analystes n’hésitent plus à taxer les Etats-Unis de « pays en voie de tiers-mondisation ».   Ils sont l’une des nations les plus endettées et sa dette ne fait que s’aggraver à cause du déficit budgétaire. En 2008, elle représentait 360% du PIB. Depuis presque vingt ans, leur balance commerciale est déficitaire.

La Russie s’est profondément tiers-mondisée. Zacharie notait qu’en une décennie, la Russie a connu tous les déboires politico-financiers qu’avait connus le Tiers Monde avant elle». Le PIB russe ne vaut plus que 59% de sa valeur au moment de la chute du Mur de Berlin. L’ex-seconde puissance mondiale est criblée de dettes et le seuil de pauvreté atteindrait 90% de la population.

2. La rupture sociale et son corollaire l’inégalité
Nous assistons à la tiers-mondisation de la classe moyenne au Nord. Ceci est d’autant plus préoccupant que de sa confiance dans l’économie et dans les politiques, dépendent son engagement et la réalisation des objectifs de croissance.

Victime de la dernière récession, elle s’est paupérisée et continue de s’appauvrir. Sa précarisation s’est installée au cours du processus de globalisation qui a entraîné de nombreuses restructurations et délocalisations. Elle est surendettée et ne peut plus maintenir son train de vie antérieur, voire payer ses impôts et ses emprunts immobiliers. Elle n’incarne plus la prospérité, mais la crise. Le Professeur Thayer envisage le pire: «Je suis assez vieux pour me souvenir du temps où les rues étaient pleines d’infirmes [...] qui n’avaient pas d’autre choix que de mendier auprès des passants, qui eux-mêmes n’avaient pas grand-chose. Ce monde là est de retour».

L’économiste P. Roberts se pose la même question: «Est-ce que l’Amérique sera devenu un Tiers Monde dans 20 ans?». F. Wooldridge rapporte les propos d’un ami Indien: « Vous, les Américains, vous avez vécu de façon artificielle [...] Il est temps que vous reveniez au niveau de pauvreté des pays du Tiers Monde ». Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner si la classe moyenne est en train de devenir anti-mondialiste! Ce d’autant que le marché du travail au Nord est en voie de tiers-mondisation en capitalisant sur l’exploitation d’une immigration illégale.

Le sentiment d’insécurité dans les mégapoles est la chose la mieux partagée du Nord au Sud. «Lorsque le concept de Tiers Monde s’est imposé, les abysses étaient au pied des murailles de l’hémisphère nord [...] Aujourd’hui, on s’aperçoit que les abysses sont aussi sous les fondations du Nord : l’Est a déjà sombré, l’Ouest perd ses repères et ses certitudes [...], en même temps qu’il découvre un Sud dans ses banlieues et ses downtowns.»

3. L’insuffisance, la détérioration, le défaut de maintenance des infrastructures
Depuis des décennies, le Nord a gravement négligé ses infrastructures et nombre d’entre elles sont dans un état de délabrement avancé. Le coût de la réhabilitation est tel qu’on se demande s’il sera possible d’améliorer la situation.

Aux Etats-Unis, leur financement est tombé en dessous de 2% du PNB, moins qu’en 1950 ! Les travaux essentiels à la prévention des catastrophes naturelles ne sont pas toujours entrepris. Ainsi, 3.500 barrages sont autant d’épées de Damoclès.

375.000 kilomètres de routes sont en mauvais état. New York devrait investir au moins 9 milliards de dollars dans les cinq ans pour gérer la détérioration de la voie publique et surtout de ses ponts.   Le transport routier va augmenter de 57% d’ici à l’an 2020 et l’import-export va croître de 100% en tonnage. Les autoroutes qui assurent déjà 78% du tonnage national, ne seront donc pas capables d’absorber cette surcharge.

Le transport du fret maritime est arrivé à saturation. Les ports de New York et du New Jersey qui devraient augmenter leur capacité d’accueil, s’ils veulent faire face au doublement du volume des importations à l’horizon 2025, n’en font rien.

L’accès à l’eau potable est un marqueur de développement. En Amérique du Nord, les systèmes de distribution présentent un risque sanitaire non négligeable. Les tuyaux d’eau sont vieux, fragiles et contaminés. On estime qu’il faudrait 11 milliards de dollars pour les remplacer, alors que les crédits ne sont que de 850 millions.

Comme dans le Tiers Monde, de graves incidents ne sont plus rares. En 2003, une panne gigantesque avait laissé 50 millions de personnes sans électricité dans l’Ontario et huit états américains.

Désormais les accidents de chemin de fer sont plus meurtriers en Grande-Bretagne qu’en Inde.

4. La fragilité et l’inefficacité des services publics

  • Dans le domaine de la santé

Les systèmes de santé au Nord se sont dégradés à un point tel que des malades, ne pouvant plus payer leurs factures ou exaspérés d’attendre en vain plusieurs mois pour se faire opérer, vont se faire soigner dans le Tiers Monde. En 2005, ce «tourisme médical» a présenté une croissance de 40 milliards de dollars.

Aux Etats-Unis, pays qui est toujours à la pointe de la recherche médicale mondiale, l’augmentation des primes d’assurance pour les médecins et la recrudescence des plaintes en justice, font que nombre de spécialistes à «haut risques» tels les obstétriciens, les anesthésistes, les (neuro)chirurgiens, arrêtent de travailler. Ainsi, leur déficit démographique dans certains Etats n’a rien à envier au Tiers Monde. En 2005, 47% des hôpitaux souffraient d’une pénurie alarmante d’anesthésistes, les obligeant à réduire le nombre des interventions chirurgicales. En dix ans, les services d’urgence ont diminué de 14%.

En Europe, le budget de la santé publique va devenir insolvable. La proportion des personnes âgées devrait passer à près d’un tiers en 2050. Qui va payer leur prise en charge?

Au sein des pays de l’OCDE, le manque de personnel dans les hôpitaux est criant. Le recours à l’immigration d’infirmières des PVD se généralise. En Grande-Bretagne, elles représentent près de 10% des paramédicaux (2003). Près de 3.000 médecins philippins s’entraînent pour obtenir la «qualification infirmier» afin d’émigrer aux Etats-Unis. La France compte 6% de médecins issus des PVD.

On constate des signes de tiers-mondisation dans les conditions d’exercice. Les familles migrantes revendiquent de plus en plus le respect de spécificités culturelles incompatibles avec les pratiques médicales au Nord. Certaines représentations traditionnelles du Mal contestent les acquis de la santé publique. Sur la BBC, un membre du Conseil Nigérian de la Sharia déclarait que la poliomyélite était «un problème imaginaire, fabriqué de toutes pièces en Occident, [...] un complot pour nous forcer à nous soumettre à un programme diabolique [de vaccination]». Par ailleurs, on assiste à la mondialisation de virus émergents dont la liste s’allonge : VIH, SARS, grippes..

  • Dans le domaine de la justice

On jauge l’évolution d’une société à sa manière de surveiller et de punir (Michel Foucault). La peine de mort est une marque de sous-développement. En 2005, les exécutions n’ont pas seulement eu lieu dans les PVD (94%), mais également aux Etats-Unis et au Japon. Le no man’s land juridique de Guantanamo a été créé par l’administration américaine. En Russie, « C’est un bond vers le tiers-monde», titrait «L’Express» en 2003, et d’ajouter: «l’arbitraire y règne, la justice y est aux ordres».

On peut parler d’une véritable tiers-mondisation de l’espace pénitentiaire. Aux Etats-Unis, «sur 9 millions de détenus libérés en 2002, plus de 1,3 million étaient porteurs de l’hépatite C [et] 137.000 étaient séropositifs». D’après un rapport du Sénat (2000), la situation est tout aussi affligeante en France. Que ce soit au Nord ou au Sud, quand on est pauvre et prisonnier, il ne reste plus qu’à se mutiner pour ne pas se suicider.

5.  L’analphabétisme
L’analphabétisme est un marqueur de l’inégalité. 900 millions d’analphabètes vivent dans le Tiers Monde.  Selon M. Tamim, quand le taux d’alphabétisation est proportionnel au taux de croissance économique et inversement proportionnel au taux de croissance démographique, il y a tiers-mondisation. Si on applique cette «loi», on note l’existence de poches de Tiers Monde au sein des pays les plus industrialisés et des îlots de développement dans les pays du Tiers Monde. Cela dit, on parle peu du quart des adultes et des adolescents des pays du Nord qui sont fonctionnellement analphabètes (FA), c’est-à-dire des individus qui ne comprennent pas, en le lisant ou l’écrivant, un texte simple en rapport avec leur vie quotidienne. «Ce qu’il y a de bien avec les livres, c’est qu’il y a parfois des photos fantastiques», aurait déclaré G.W. Bush. On ne s’étonnera donc pas que 23 millions d’adultes américains soient FA.

En Grande-Bretagne, 22% de la population sont FA pour un taux européen de 10%. L’analphabétisme fonctionnel affecte la sécurité publique: en 2000, aux Etats-Unis, 60% des adultes incarcérés et 85% des jeunes délinquants étaient FA. Il pose aussi un gros problème de ressources humaines pour le développement économique. The Northeast Institute (2001) a évalué qu’il en coûte des milliards de dollars par an en raison d’erreurs et d’accidents qui entravent la productivité. Pour y palier, les trois quarts des firmes listées par Fortune Magazine offrent des cours d’alphabétisation à leurs employés.

6. La défaillance des dispositifs de bonne gouvernance
Le manque de gouvernance est une critique phare des leaders du Nord à l’encontre des élites du Tiers Monde. La crise financière a révélé que de très hauts décideurs occidentaux étaient tout aussi coupables.

La corruption coûterait 3% du PNB mondial! En France, on estime qu’elle représente 15% du total des contrats passés par l’Etat et les collectivités locales. Même s’il est vrai que des lois voient le jour et des responsables sont condamnés, il existe au Nord une certaine entrave à la liberté de l’information et de la justice, paramètre indispensable pour lutter contre cette corruption endémique. Le vrai défi est de mettre fin à la dépréciation de l’Ethique au sein du monde occidental des affaires.

7. Le sous-développement technologique et scientifique
Le leadership technologique reste le privilège des pays au Nord. Le nombre de scientifiques par million d’habitants des PVD est de 10 à 30 fois inférieur à celui des pays développés. Cela dit, la recherche occidentale traverse une crise sérieuse. Elle subit les contrecoups de mises en cause économiques, politiques, éthiques, voire religieuses. Un appel, «Défendre la Science»,  a été lancé afin d’alerter l’opinion américaine sur les interventions des politiques visant à satisfaire l’intérêt de l’industrie en matière de santé, d’environnement et de sécurité nationale. Ce texte souligne l’importance de conserver une démarche scientifique au-delà des croyances, tel le créationnisme. Face aux défis du XXIe siècle, la recherche française, quant à elle, reste malade de son addiction au système public…

8. Une mortalité et morbidité infantiles élevées
Chaque année, 15 millions d’enfants meurent de faim, surtout en Inde et en Afrique Noire où sont recensées 40% des victimes. Loin de moi donc l’idée de comparer cette terrible tragédie des pays du Sud avec la situation au Nord. Cela dit, aux Etats-Unis, dans les années 90, 46% des enfants Afro-Américains et 40% des jeunes issus de l’immigration hispanique souffraient de la faim de façon chronique. En 2004, près de 12% des familles étaient dans un état d’insécurité alimentaire.

Aujourd’hui, un enfant sur huit va au lit le soir en ayant faim. Au Nord, la malnutrition se cache souvent derrière l’obésité, qui traduit en réalité une inflation de l’état de pauvreté. En effet, on est exposé au risque d’obésité si l’on n’a pas les moyens de manger de façon équilibrée. Un petit Américain sur quatre est obèse…

9. Une surpopulation incontrôlable
Au Nord, la surpopulation est âgée et ses conditions d’existence sont en voie de tiers-mondisation. Au Canada, 16,8 % des personnes de plus de 65 ans vivent dans la pauvreté. En France, selon La Fondation Abbé Pierre, «600.000 personnes âgées vivent avec une allocation de solidarité qui les situe sous le seuil de pauvreté». C. Robert note qu’«il y a un mouvement massif de personnes âgées allant au devant des maraudes d’aide aux sans-abri pour réclamer [...] des produits alimentaires». A terme, leur mobilité résidentielle faible va poser un énorme problème d’entretien et de salubrité du parc des logements. En effet, «être propriétaire ne protège pas de la précarité». 84% des ménages âgés pauvres sont propriétaires, mais ne peuvent pas payer les charges.

10. Le manque de démocratie
La participation démocratique est un objectif de développement en soi. Les pays au Nord échappent à l’oppression. Cela dit, «si le peuple ne prend pas la parole, s’il n’utilise pas la presse et si les gens ne se regroupent pas en associations [...], alors la démocratie sera contrôlée par les élites politiques». Au Nord, nombre de bugs «sapent le principe une personne, une voix»: la non transparence du financement politique, la faible représentativité des femmes, l’érosion syndicale, le lobbying industriel, les mises en cause de l’indépendance de la justice, la fragilité économique des médias et sa tendance à sacrifier l’information au profit du divertissement.

A la fin du siècle, à quoi ressemblera notre planète tiers-mondisée?
La planète tiers-mondisée sera un puzzle agrégeant «un tiers de riches, un tiers de classes moyennes et un tiers de pauvres». Riches et pauvres auront respectivement le même niveau de vie à Shanghai qu’à New York. Tout cela est l’affaire d’un siècle. Nos (petits) enfants vivront dans ce Tiers Monde globalisé qu’un Krishna Sauvy nommera peut-être le Cinquième Monde!

Pour les militants humanitaires, la tiers-mondisation au Nord ne doit pas faire pour autant oublier l’inégalité profonde dans les pays du Sud. Selon certains, le risque serait de succomber à une «campagne d’escamotage [...] menée [...] par les ultralibéraux — qui vise à noyer le Tiers Monde dans [...] la mondialisation où les problèmes seraient partout les mêmes, puisqu’il y a aussi bien des Nord au Sud que des Sud au Nord». Voilà. Vous êtes prévenus!

Ferdinand Thiry

→ 14 Commentaires Catégories : Non classé